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Domaine Françoise André : décollage immédiat

Entamé en 2009, le renouveau du domaine Françoise André (historiquement Domaine des Terregelesses) se poursuit bon train. All About Burgundy a dégusté les 2014.

Lauriane André et Jérômes Desprès (au domaine Françoise André).
Lauriane André et Jérômes Desprès (au domaine Françoise André).

Près de 10 hectares, une gamme large et cohérente de vins du nord de la Côte de Beaune… De quoi donner de l’étoffe et du souffle à un projet qui avait déjà de l’allure.

En 2014, Lauriane André, gérante du Domaine Françoise André, reprenait l’exploitation de parcelles de corton-Renardes, de beaune premier cru Reversés. L’année précédente, c’était un pommard Vaumuriens (jusqu’alors exploité par le domaine Coche-Dury) qui ralliait notamment la bannière du domaine.

 

Ces sept dernières années, la famille André n’a donc pas cessé d’investir dans le domaine auquel elle a donné naissance en 1983 (elle ne l'exploitait pas directement jusqu’alors).
Lauriane André s’est adjointe les services de Jérôme Desprès (fils de l’ancien sommelier de Lameloise) pour la direction technique. Le domaine a obtenu la certification bio après avoir entamé une conversion dès 2011. Un vaste travail de replantation a été mené dans le vignoble et le mode de conduite (palissage plus haut) revu. Le tout favorisant la production de raisins mûrs et bien constitués. Et cette liste des évolutions n’est pas exhaustive… Pour boucler la boucle, on soulignera toute de même la mise en œuvre d’une nouvelle cuverie permettant un travail parcellaire précis.

 

L’objectif est des plus classiques en Bourgogne : « Simplement accompagner les vins pour sublimer nos terroirs », exposent à l’unisson Lauriane André et Jérôme Desprès. Les rouges sont égrappés à 100% et les blancs très peu bâtonnés. Le fût neuf utilisé avec parcimonie (pas plus de 30% et en demi-muid sur certaines cuvées), accompagne des élevages longs, permettant de conserver de la fraîcheur. Peu marqués par le boisé, les vins restent taillés pour la garde.

Dans un cet exercice l’élégant et rafraichissant millésime 2014 fait figure d’année témoin. Dégustation.

 

 

Blancs

 

 

 

Chorey-lès-Beaune Tue Bœuf – 15 sur 20

Le nom de ce climat fait sans doute référence à une difficulté labourer la terre. « Sur cette parcelle le sol est profonde et argileux », précise Lauriane André. Dans le verre, ce 2014 surprend positivement par son ampleur et sa puissance en bouche pour une appellation village d’entrée de gamme. Dès l’attaque une matière gourmande vient tapisser le palais. Un bon chardonnay de la côte de Beaune, mis en valeur par un boisé grillé-toasté bien intégré. Plaisir immédiat.

23,80 €

 

 

Savigny-lès-Beaune premier cru Les Vergelesses – 15,5 sur 20

Une parcelle historique, un demi-hectare, au domaine. Sur un profil puissant, évoquant une belle  maturité des raisins, ce savigny déploie une matière dense et profonde. « C’est un secteur précoce, parmi les premières parcelles que l’on récolte », précise Jérômes Després. Au sortir de la Combe de Savigny, ce climat est en effet orienté au sud-est. Le nez évoque les fruits jaunes avec intensité. Bien épaulé en bouche, il offre aussi une bonne longueur.

33,40 €

Pernand-Vergelesses premier cru Sous Frétille. Domaine Françoise André.

Pernand-Vergelesses premier cru Sous Frétille – 17,5  sur 20

Un vin de caractère, plein de sève et d’une grande pureté. Notre coup de cœur va incontestablement à cette cuvée issue des vieilles vignes (plus de 60 ans). Presque un demi-hectare situé sous la vierge qui domine la commune. Le nez se fait assez discret et monte en intensité au fil de l’aération. Il s’exprime avec beaucoup de finesse et d’épure. Une droiture qui se confirme en bouche. Une trame saline lui assure complexité et longueur. Il accompagnerait judicieusement du bar ou des coquilles Saint-Jacques.

 35 €

 

Corton-Charlemagne – 15 sur 20     

Pas toujours simple d’approche dans leur jeunesse les corton-charlemagne. Surtout ceux issus du côté Pernand-Vergelesses de ce grand cru. Ce 2014 se montre serré, en mode défensif aussi bien sur un plan aromatique que gustatif. De fines notes florales et épicés parviennent toutefois à s’exprimer. La bouche reste stricte. Un vin à conserver pendant au moins 5 ans en cave avant d’en saisir tout le potentiel.

108 €

 

 Rouges

 

 

Chorey-lès-Beaune Tue Bœuf – 15,5 sur 20

A l’image du blanc produit sur la même parcelle, ce chorey est une vraie bonne surprise. Sa concentration se fait sentir dès le nez sur des notes expressives de cassis, de cerises bien murs. Une texture charnue prend dès l’attaque du volume en bouche. Les tannins sont fins et suaves. Une belle concentration qui s’explique notamment par la faiblesse des rendements réalisés dans ces vignes taillée en cordon de royat.

21 €

 

Beaune Les Bons Feuvres – 14 sur 20

Situé sur les bas du coteau au sud de la colline de Beaune, ce terroir n’est pas le plus qualitatif de l’appellation. Il a cependant donné un 2014 digeste, désaltérant, d’une bonne longueur sur des notes de groseilles. Bien typé du millésime.

24,60 €

 

Savigny-lès-Beaune Ez Connardises – 15,5 sur 20

Un joli pinot-noir de la Côte de Beaune avec un caractère réglissé qui s’affirme aussi bien au nez qu’en bouche. La bouche est élégante, portée par une belle acidité. Une finale harmonieuse et persistante conclut la dégustation. Ce terroir est situé dans la partie nord de l’appellation, au débouché de la combe, avec une exposition au sud.

25,50 €

 

Beaune premier cru Reversés – 15 sur 20

Une petite parcelle au domaine, 26 ares, plantés de vignes d’une cinquantaine d’années. Des ceps donnant de petits raisins bien concentrés. Le nez développe de jolies notes de mûre, de cassis. Une maturité de fruit qui n’est pas si fréquente en rouge dans ce millésime marqué localement par la grêle. En bouche les tannins sont soyeux. L’ensemble donne un plaisir immédiat, sans réserve.     

45 €

Pommard Vaumuriens. Domaine Françoise André.

Pommard Vaumuriens – 17 sur 20

Cette parcelle de 30 ares rejoignait le domaine en 2013 (elle était exploitée jusqu’alors par le domaine Coche-Dury). Bonne pioche. Le vin ne répond pas à l’archétype du pommard puissant et tannique mais séduit par sa grande élégance. Il s’exprime sur des notes florales : pivoine, violette. Les tannins sont particulièrement raffinés, féminins. Bref, un pommard qui regarde nettement vers volnay. Un coup d’œil sur la carte de l’appellation permet de s’assurer qu’il ne s’agit pas que d’une vue de l’esprit…

35 €

 

 

Savigny-lès-Beaune premier cru Les Vergelesses – 16,5 sur 20

La terre est assez épaisse dans Les Vergelesses et l’argile donne souvent des vins solides. Confirmation avec ce premier cru d’une remarquable tenue. Sa carrure est celle d’une belle cuvée de garde : les tannins s’affirment avec une certaine vigueur mais sans agressivité. Son expression aromatique renvoie à une tonalité sauvage voir animale (cuir). D’une bonne concentration avec une pointe de fraîcheur en finale, c’est la bouteille sur laquelle on pourra compter dans 4 ou 5 ans.

32,60 €

 

Corton-Renardes – 15 sur 20

Avec ce millésime 2014, le domaine a repris l’exploitation d’une parcelle de 26 ares dans ce secteur de la colline de corton. Le voilà donc doté d’un grand cru blanc et d’un grand cru rouge. Le nez dévoile des notes complexes d’épices, de cassis et une pointe chocolatée. La bouche est charnue, construite sur des tannins fins. Une belle synthèse entre densité, indispensable à un grand cru, et la finesse.

85,20 €

 

 

7 Rempart Saint Jean
21200 Beaune
Tél. 06 24 66 38 86

> domaineterregelesses-francoiseandre.com

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Matthieu Chevalier : « L’état moyen des murets est très dégradé ».

Depuis 2015, un travail titanesque d’inventaire du patrimoine bâti viticole est en cours en Bourgogne. La préservation des murets, clos et autres cabottes s’annonce difficile et coûteuse. Matthieu Chevalier, lorrain d’origine et diplômé de l’Ecole normale supérieure de Cachan, est missionné par l’Association des Climats du vignoble de Bourgogne pour réaliser cet inventaire. Il nous livre ses premières conclusions.  

Matthieu Chevalier inventorie murets, clos et cabottes de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits.© Roland Bugada
Matthieu Chevalier inventorie murets, clos et cabottes de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits.© Roland Bugada

Comment l'idée de ce travail d’inventaire du patrimoine bâti de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits est-elle née ?

 L’inventaire de tous les éléments marqueurs de limites de climats, murs, meurgers*, cabottes**, etc., est le fruit  d’une demande du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco lors de l’inscription. Lorsque les experts internationaux sont venus pour la première fois, avant l’inscription, ils pensaient que les murets servaient à délimiter les Climats. Ce n'est pas toujours le cas. Ils ne comprenaient pas qu’une mosaïque aussi fine puisse ne pas se traduire dans l’espace. Ils sont bien délimités sur les cartes mais rien ne permet de dire ce qui les matérialise dans le paysage. Une autre des recommandations de l’Unesco était de prêter attention aux éléments créés par l’homme quel que soit leur état, qu’ils soient ou non marqueurs de limites de climat.

 

Un travail très fastidieux...

 Oui, parfois ces constructions ne ressemblent plus à grand-chose : le mur s’est effondré, les ronces ont poussé... Il faut donc les relever, les cartographier, à l’automne prochain pour la clause de revoyure (ndlr : l’inscription intervenue en 2015 prévoyait le réexamen de certains points du dossier).  L’objectif pour les années à venir est de lancer une campagne de restauration. L'idée vise à produire un travail vraiment opérationnel, qui ne servirait pas qu'à faire des cartes.

 

Ce travail de recensement est en cours d’achèvement. Quel est votre constat ?

L’état moyen est très dégradé. Il se manifeste, selon les communes, soit par des murs effondrés soit par des murs refaits en ciment, en parpaing. J'ai l'exemple d'un mur en Côte de Beaune tenu par de simples palettes.  A l’ouest du Clos de Bèze, il y a un mur de trois, quatre mètres de haut refait complètement en ciment. On ne voit que lui.

 

L’idéal serait de revenir aux murs en pierres sèches traditionnels ?

Pour l’instant, il n’y a pas d’association ou d’entreprise faisant ce type de murs en Côte-d’Or. Il y en a en Saône-et-Loire. En Côte-d’Or, les entreprises font des murs en ciment avec un parement en pierres sèches. Les puristes disent que cela tient davantage « du musée », pour faire joli, que d’autre chose. Ces constructions ne remplissent pas leur rôle, notamment de drainage. L’eau ne peut pas passer entre les pierres. Le rôle écologique n'est pas non plus assuré : il n’y a pas de couloir pour les petits reptiles, les insectes.

 

L'utilisation de la pierre sèche n’est pas donc pas qu’une question d’esthétique ?

Non. Elle a une fonction de lutte contre l’érosion, de maintien de la biodiversité. On appelle cela des couloirs à couleuvres en Saône-et-Loire. Le mur en ciment avec un parement n'a plus ce rôle même si c’est un moindre mal du point de vue esthétique. Ces murs sont des éléments vraiment constitutifs du paysage. Les gens qui ont toujours connus ces murs considèrent qu'ils font partis du décor et ne les tiennent peut-être plus comme quelque chose d'unique, qui n’existe nulle part ailleurs.

 

 

Sur le terrain avez-vous constaté que ces fameux climats avaient une réalité « en chair et en os » ou cela reste-t-il un concept que l’on retrouve uniquement sur les cartes spécialisées ?

Je ne suis pas bourguignon et quand je suis arrivé, je ne savais pas du tout ce qu’était un climat. Je me suis plongé dedans. J’allais dans les vignes avec l’ouvrage de Sylvain Pitiot (ndlr : Climats et lieux-dits des grands vignobles de Bourgogne. Editions du Meurger). Les limites ne sont pas toujours visibles. D’un rang de vigne à l’autre, vous pouvez changer de Climat. Pourtant oui, il y a une réalité : 80% environ des limites sont matérialisées. Il y a tous ces clos qui donnent une visibilité même si les murs ne correspondent pas toujours aux tracés du climat. L’archétype, c’est le Clos de Vougeot. Le mur fait tout le tour du clos (ndlr : il court sur plusieurs kilomètres). On a aussi des climats tout petits : le Clos de la Cave des Ducs par exemple à Volnay. Ils n’ont parfois pas d’existence juridique, n’apparaissant pas sur le cadastre. Pourtant on les voit, les murs sont là. C’est assez fascinant de constater que sur une petite parcelle, ne semblant pas être différente de celle d’à côté, il puisse y avoir des changements dans la nature du sol se répercutant dans la qualité du vin.  A force d’y être tout le temps, de parcourir le vignoble avec la carte sous les yeux, cela finit par devenir un mode de raisonnement.

 

Il faut y être à hauteur d’homme bien-sûr ?

Depuis la voiture sur la route, on ne voit rien. C’est valable pour beaucoup d’autres choses…

 

On parle beaucoup de terroir, de notion géologique, naturelle… Vous nous dites que l’homme a très fortement marqué de son empreinte ce territoire ?

 

La viticulture est tout sauf naturelle. Si les vignes n’étaient pas entretenues, on aurait des broussailles. La vigne recouvre le moindre petit bout de parcelles disponibles. Elle commence au bout des jardins, longe les maisons jusqu’au bord des routes. Avec ces murs, l’homme a domestiqué la déclivité du terrain.

 

Qui a construit ces kilomètres de murs ?

Leur réalisation n’a jamais été une activité à part entière, un métier en soi. C’était une activité annexe des viticulteurs pendant les périodes creuses. Ils faisaient avec ce qu’ils trouvaient. Ce n’était pas censé faire joli. Aujourd’hui la technique peut-être enseignée puisque c’est une option pour les élèves du CFPPA de Beaune.

 

Vous sentez un intérêt pour vos travaux de la part de la profession ?

L'intérêt reste assez limité. Le discours général, c’est que les viticulteurs vendent leurs vins. Le temps leur manque, il y a d’autres priorités. Les conséquences du manque d'entretien des murs risquent pourtant de se faire sentir dans quelques années, de provoquer des problèmes de sols, etc… L’accueil est très variable selon les communes, les maires. On a eu de très bons échos à Morey-Saint-Denis (Côte de Nuits) par exemple. Dans d’autres communes, c’est le silence radio. Les restaurations restent des initiatives locales et individuelles. Il n’y a pas encore de dynamique sur l’ensemble du territoire. Il y a beaucoup d'acteurs à mobiliser.  Un mur peut avoir de nombreux propriétaires différents. C'est un vrai casse-tête qu'il faut prendre à bras le corps. Cet inventaire est une première pierre pour résoudre ces problèmes.

 

Ces restaurations coûtent-elles cher ?

Oui cela chiffre assez vite : 10 000 euros pour une dizaine de mètres linéaires. A Pernand-Vergelesses pour la restauration d’une cabotte, quelques mètres linéaires de murets et le ré-empierrement d’un meurger, le coût était 8 500 euros. Moins le mur est dégradé, moins le coût est élevé. Lorsque le mur est très abîmé, il faut tout reconstruire. C’est plus long et plus cher.

 

Plus les murets sont laissés sans entretien, plus le coût futur de restauration sera donc élevé…

Exactement. L’entretien d’aujourd’hui, ce sont de gros travaux de demain en moins.  Il faut que l’on cible d’abord la restauration des murs pas trop abîmés, ce qui permet d’engager des travaux plus abordables sans trop de savoir-faire. Cela peut être fait par des chantiers de bénévoles, des ouvriers viticoles, etc.

 

Un travail de sensibilisation reste donc à faire ?

Oui, mais il y a quand même des viticulteurs qui contactent l’association et qui disent vouloir refaire leurs murs. Des dispositifs existent déjà mais ils ne concernent pas spécifiquement le patrimoine viticole. A l’avenir il serait important d’avoir des dispositifs dédiés. C’est à l’étude tant qu’on n’a pas une idée définitive de la somme globale nécessaire. Il faudrait un interlocuteur plus proche des viticulteurs. Pour l’instant, il s’agit de la fondation du patrimoine.

 

Une estimation du kilométrage de murs à restaurer ?

Plus d’une centaine. Rien que sur Pommard par exemple  on est entre 7 et 10 kilomètres. C'est sur la moyenne haute pour une commune.

 

Cette connaissance du terrain vous a-t-elle donnée envie d’en savoir plus sur les vins ?                        

Bien-sûr. Mais l’éducation du palais, c’est encore autre chose. Réussir à saisir des nuances très fines n’est pas évident. En termes de sensibilité gustative dans le vin, je pars personnellement de zéro. Quand on va dans un domaine, la dégustation se fait généralement dans un ordre qui permet d’apprécier chaque vin à sa juste valeur. Mais avoir la mémoire du goût, c’est compliqué. C’est un peu comme l’oreille absolue en musique. Il y a une partie qui s’éduque et une sensibilité qui n’est pas donnée à tout le monde.   

 

* Cabanes en pierre dans lesquelles les vignerons rangeaient leurs outils ou s’abritaient.

 

** Tas de pierres extraites des parcelles.

 

 

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Domaine Goisot : le perpétuel renouveau

Une visite au domaine Guilhem et Jean-Hugues Goisot (Saint-Bris-le-Vineux) réserve toujours quelques surprises. Et des bonnes...

Guilhem Goisot marche dans les pas de son père Jean-Hugues. LG
Guilhem Goisot marche dans les pas de son père Jean-Hugues. LG

Ses saint-bris et ses côtes d’Auxerre blanc sont depuis de nombreuses années des références parmi les vins de l’Yonne. Une simple phrase qui désigne sans ambiguïté le domaine Guilhem et Jean-Hugues Goisot.
Le sérieux, le dévouement et la méticulosité de Jean-Hugues Goisot sont le parfait exemple d’une réussite en dehors des sentiers battus des « grandes appellations » bourguignonnes. Avec son épouse Ghislaine, le vigneron de Saint-Bris-le-Vineux a entrepris dès 2001 un passage à la bio (certifié depuis 2004) tout en mettant en valeur les lieux-dits du domaine familial. Guilhem a rejoint ses parents en 2003 sur le domaine pour une transition bien négociée.

 

Bref, On ne présente plus le domaine, selon l’expression consacrée, et la qualité des vins produits ne pouvait pas nous étonner outre-mesure. Et pourtant… Il est effectivement possible d’écrire que les vins des Goisot nous surprennent encore. Les rouges tout particulièrement.

 

« Dans les années 1990, mes parents n’étaient pas satisfaits de leur pinot noir. Ils étaient plus généralement très négatifs sur les rouges de l’Yonne. Ils pensaient les arracher pour ne produire que des blancs. Au cours de divers rencontres, des personnes les ont finalement convaincus de continuer. Ils ont sélectionné des plants très fins auprès de l’ATVB (Ndlr : Association Technique Viticole de Bourgogne) pour replanter. », précise Guilhem Goisot. Un matériel végétal qui donne de petites grappes et a atteint une maturité phénolique (celle de la peau de la baie) plus facilement. Le domaine compte aujourd’hui 8 hectares de pinots noirs sur les 27 en production du domaine au total. Parmi ces parcelles, le lieu-dit La Ronce (en AOC Bourgogne Côtes-d’Auxerre), cuvée née en 2011. Des vignes plantées à partir de 2000, à haute densité (10 à 12 000 pieds hectares) sur un terroir marneux, en pente douce, au nord du village de Saint-Bris. Le 2014 est un superbe rouge.

 

L’actualité du domaine c’est aussi une cuvée de chablis entrant pour la première fois dans la gamme du domaine avec le millésime 2015. Et devinez quoi... c’est une réussite.

 

Dégustation de ces cuvées et du reste de la gamme :

 

 

Les rouges

 

Bourgogne Côtes-d’Auxerre La Ronce  2014 – 17,5 sur 20
Par la finesse de sa texture, son élégance mais aussi sa profondeur, ce côte d’Auxerre s’en sortirait certainement avec davantage que les honneurs dans une série de cuvées en provenance d’appellations villages de la Côte de Beaune ou de Nuits. Voire même parmi des premiers crus.  Le nez est très charmeur sur des notes de myrtille, de mûre. L’élevage, à 50% en fût neuf, marque très peu le vin. Un régal !
17 €

 

Bourgogne Côtes-d’Auxerre La Ronce 2011 – 15 sur 20
Le millésime de lancement de cette cuvée ambitieuse. Six années après sa naissance elle tient encore bien sur ses deux jambes. Le nez est épicé et laisse entrevoir également une pointe de sous-bois. La bouche dévoile un profil assez souple et raffiné. La finale persiste sur une touche de réglisse.  

Irancy Les Mazelots 2014 – 16 sur 20
Autre belle cuvée de rouge du domaine, l’irancy Mazelots bénéficie d’une belle exposition sud/sud-est. Le sol, marneux est parsemé d’un grand nombre de fossiles. Il exhale des notes de fruits noirs (cerise) et une pointe fumée. La bouche est gourmande et évite toute rusticité.
15 €


Bourgogne Côtes-d’Auxerre « Corps de Garde » rouge  2014 – 15 sur 20
Le nez est expressif sur des notes de fruit frais : framboise, cassis. Un boisé grillé se fait sentir également au premier nez.  La bouche se montre assez sérieuse : la trame tanniques est assisse sur une belle acidité. Un vin tendu qui mérite quelques années de patience.
11 €

Les blancs

Bourgogne Aligoté 2015 – 15 sur 20
Une belle année pour le cépage aligoté. Pour moins de 10 € voici un vin précis, gourmand, à la fois friand et désaltérant. Bref, un excellent compagnon pour un apéritif dès l’été prochain.
8,50 €

Bourgogne Côtes-d’Auxerre « Corps de Garde » 2014 – 14,5 sur 20
Le nez est discret sur des notes citronnée, minérale et florale (chèvrefeuille). La matière en bouche s’affirme sur un profil, tranchant, un peu strict à ce stade. Un vin droit, à laisser en cave quelques années.

11 €


Bourgogne Côtes-d’Auxerre Biaumont 2014 – 16,5 sur 20
Un vin avec beaucoup de fond, de consistance, soutenu par une trame minérale. Bref, un grand bourgogne blanc au caractère bien trempé qui n’a rien à envier à un grand chablis. Nous sommes ici sur un terroir de calcaire du kimméridgie,n bien exposé. 15  à 16 mois d’élevage ont fait le reste.   
14 €

Bourgogne Côtes-d’Auxerre « Gueules de Loup » 2014 – 15 sur 20
Des notes expressives d’agrumes (mandarine) donnent au nez une certaine classe et une belle pureté. La bouche campe sur une texture s’étirant avec droiture. L’ensemble est long mais laisse un peu sur sa faim en milieu de bouche. Une austérité que l’on attribuera à sa jeunesse.  
14 €

Bourgogne Côtes-d’Auxerre Gondonne 2014 – 16 sur 20
C’est un peu le marathonien de la cave. Doté d’une grande capacité de garde, retenu à ce stade, il se montre pourtant déjà complexe au nez. La bouche confirme ces premières impressions : sa texture est subtile, d’une remarquable finesse. La dégustation se conclut sur note finale crayeuse.  
14 €

Saint Bris Moury 2015 – 16,5 sur 20
Le cépage sauvignon, particularisme de Saint-Bris, a besoin de moins de chaleur et de soleil que le chardonnay pour mûrir. C’est en tout cas l’avis de Guilhem Goisot. Quoiqu’il en soit aucun de ces deux éléments n’a fait défaut en 2015. Ce vin fait preuve d’une superbe densité et d’une grande longueur. L’élevage a été effectué en cuve inox uniquement.
9,80 €

Saint Bris « Exogyra Virgula » 2015 – 15 sur 20
Cette cuvée n’a pas tout à fait l’harmonie de la cuvée Moury. Plus minérale en attaque, elle est aussi un peu plus suave en finale. Le temps doit sans doute lui permettre d’atteindre un plus grand équilibre.  Le plaisir est tout de même déjà là.

9,80 €

Saint-Bris « Corps de Garde » 2014 – 15,5 sur 20
Le sauvignon gris livre ici toute sa palette aromatique : pamplemousse, épice douce, rose. La bouche est très flatteuse, gourmande.  On pouvait redouter que le passage du millésime 2015 à 2014 ne soit un handicap pour le deuxième cité, il n’en est rien… La même cuvée dégustée sur le millésime 1998 présentait une superbe évolution sur des notes à la fois minérale et de fruits confits. Avec une belle amertume, rafraichissante, en finale.
11,50 €

Chablis Faucertaine 2015 – 16 sur 20
La parcelle est plantée de vignes quarantenaires sur la rive gauche du Serein, à Beine. Guilhem et Jean-Hugues Goisot ont fait le choix d’un élevage sous-bois (fût de 500 litres). Ce chablis présente un touché satiné en bouche, une texture caressante et soyeuse. Il campe aussi sur une trame fraîche qui le place typiquement dans son appellation. Une première réussie.
15 €

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La colline de Corton perd-t-elle la tête ?

Un mystérieux acheteur, une coquette somme et un site emblématique en Bourgogne. Les ingrédients pour que l’alarme soit sonnée autour de la colline de Corton sont réunis. Décryptage.

Depuis quelques semaines la rumeur d’une vente imminente du bois de la colline de Corton circule dans le vignoble. Sans que les intentions de l’acheteur,  anonyme à cette heure, ne soient connues. « Le prix de vente serait 5 fois supérieur à celui du marché. On parle d’un million d’euros. Ce chiffre n’est qu’une hypothèse mais cela pose question », explique Claude Chevalier, vigneron à Ladoix.  La situation n’a pas manqué de provoquer une montée au créneau des élus et des producteurs locaux.  « Nous sommes inquiets » souligne de son côté Louis-Fabrice, PDG de la maison Louis Latour au cours d’une réunion à la mairie d’Aloxe-Corton.

 

Le bois, 66 hectares, appartient pour l’heure à Vincent Sauvestre. Sous le coup d’une procédure judiciaire depuis le printemps dernier, enferré dans une affaire de tromperie et de coupage présumé, l’ex PDG de la maison Béjot (Meursault) a dû démissionner. A l’époque de son rachat du bois, des projets d’exploitation d’une carrière étaient évoqués. La jeune association Paysage de Corton, qui regroupe les producteurs locaux, s’était déjà à l’époque mobilisée. Cette dernière a clairement mis en évidence l’importance capitale de cette zone boisée dans les spécificités des terroirs de Corton et Corton-Charlemagne, ainsi que son rôle dans la lutte contre l’érosion. 

 

L'équilibre des terroirs de Corton menacé

 

Peut-on imaginer qu’un complexe hôtelier, un vignoble sans indication géographique, ou encore qu’une carrière ne voit le jour sur le sommet de la colline ? C’est peu probable. Mais pas complétement exclu.  Autour de la colline, on craint que l’acheteur ait le bras long...

Pour l’instant le bois est soumis, en terme administratif, à un Plan simple de gestion. Il ne peut faire l’objet que d’une exploitation forestière jusqu’en 2026 au moins. Mais en l’absence d’un plan local d’urbanisme à Pernand-Vergelesses (commune où est située le bois), cette protection reste trop mince aux yeux des acteurs locaux. Ce PLU doit toutefois être mis en place au cours de l’année.

Et le classement Unesco ? Le dossier d’inscription prévoit que le site fasse effectivement l’objet d’une protection par l’Etat, comme cela est le cas depuis le début des années 1990 dans le sud de la Côte de Beaune. Mais la procédure est longue et il faudra encore quelques années pour qu’elle aboutisse.

 

Si les raisons de s’alarmer se confirment, l’Etat peut prendre alors une mesure dite « d’instance de classement ». Une procédure accélérée de protection d’un patrimoine menacé de disparition ou d'altération.

Bref, il faudra au futur acheteur contourner bien des obstacles avant de toucher à la coiffe de la colline…

 

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Mercurey prêt pour la Saint-Vincent !

Mercurey accueille la Saint-Vincent tournante ce week-end (28 et 29 janvier). L’appellation phare de la Côte Chalonnaise se mobilise depuis des mois pour réussir cette grande fête bourguignonne. Demandez le programme.

Après 1962 et 1985, Mercurey reçoit pour la troisième fois la St-Vincent tournante.
Après 1962 et 1985, Mercurey reçoit pour la troisième fois la St-Vincent tournante.

50, 60, peut-être 80 000 personnes. C’est le nombre de participants que s’attend à recevoir Mercurey pour la traditionnelle Saint-Vincent tournante le week-end prochain. Après 1962 et 1985, c’est la troisième fois que cette appellation du vignoble chalonnais organise la fameuse fête du saint patron des vignerons.

 

Comme le veut la tradition, il faudra être matinal (départ 7h45), et pas trop frileux, pour assister aux défilés des plus de 90 sociétés de secours mutuel des vignerons venues de toute la Bourgogne. Ces confréries et corporations d’entraide nées au moyen-âge étaient de véritables associations de prévoyance, des mutuelles santé avant l’heure. Leur rôle n’est évidemment plus aussi central qu’il l’était à l’époque mais c’est pour entretenir et célébrer cet esprit que la Saint-Vincent tournante a vu le jour en 1938. L’initiative en revient à la confrérie des Chevaliers du Tastevin, tout juste naissante à l’époque.

 

Après la messe la messe solennelle, les 13 caveaux seront ouverts à 11h et le resteront jusqu‘à 17 h (9h-17h le dimanche). Des groupes musicaux, des expositions et des animations gratuites sont programmés durant les deux jours au détour des rues de Mercurey et Saint-Martin-sous-Montaigu.

 

Pas de cuvées communes comme cela s’est fait à des nombreuses reprises par le passé mais une sélection de vins proposés par les vignerons du cru. On y retrouve les domaines Faiveley, Devillard, de Suremain, Gouffier, du Meix Foulot, Raquillet, Juillot, Theulot, Dureuil-Janthial, De Villaine, Louis Max, la Cave de Buxy, etc. Un total de 17 000 bouteilles sont prêtes à être débouchées !

 

Dans les caveaux, les vins sont servis exclusivement dans le verre officiel de la 73è Saint-Vincent tournante 2017 et sur présentation d’un Kit dégustation en vente sur place le jour J ou dès aujourd’hui au Caveau Divin au centre de Mercurey. Des produits bourguignons seront proposés à la vente pour se restaurer : Escargots, jambon persillé ou bœuf bourguignon.

Un des moments forts du week-end : le diner gastronomique du samedi soir. L’appellation s’est associée les services d’Eric Pras, chef de Lameloise, trois étoiles Michelin et institution de la gastronomie bourguignonne, pour concevoir les plats. Un banquet, complet depuis déjà quelques semaines, au cours duquel seront dégustées 11 cuvées différentes. 

 

> Le site de la Saint Vincent 2017 : www.mercurey2017.fr

 

 

Il est fortement conseillé d’utiliser les navettes pour s’y rendre (voir information pratique sur le site). Un pack train-navette permet de se rendre facilement sur place en arrivant en gare de Chagny.

 

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