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Domaine de Courcel : 100% Pommard

Le Domaine de Courcel (10,5 hectares) est l’un des noms historiques de Pommard. Il dispose d’une superbe palette de terroirs dont deux des premiers crus emblématiques de l’appellation : le Grand Clos des Epenots (monopole) et Les Rugiens. Des climats mis en valeur par une viticulture exigeante et de petits rendements (une trentaine d’hectolitres par hectare).

Gilles de Courcel, ex directeur de Chanson Père et Fils, est à la tête du domaine familial. LG
Gilles de Courcel, ex directeur de Chanson Père et Fils, est à la tête du domaine familial. LG

Relativement discret dans la presse vin, la famille de Courcel a fait le choix d’une production de vins de longue garde. Les vinifications s’opèrent en vendanges entières*, « sans que cela soit une religion », tempère Gilles de Courcel, et les élevages sont longs (21 à 23 mois). C’est Yves Confuron (issu d’une famille vigneronne de Vosne-Romanée) qui est en charge des vinifications. Fondé au 17e siècle, le domaine a la particularité de s’être transmis par les femmes depuis quelques générations. Ancien dirigeant de la maison Chanson Père et fils, Gilles de Courcel, s’y consacre aujourd’hui pleinement. Nous avons dégusté les 2015 et quelques Grand Clos des Epenots de millésimes plus anciens.


* Bien avant que cette approche se répande largement, au moins pour une partie de la récolte, dans de nombreux domaines de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits…

 

Bourgogne – 17 sur 20

Trois parcelles limitrophes à l’appellation pommard village du domaine donnent un vin d’une complexité et d’une profondeur nettement supérieures aux « standards » d’une simple appellation régionale. L’élevage long (20 mois) et les 20% de fût neuf montre clairement que cette cuvée n’est pas considérée comme une simple entrée de gamme. La palette aromatique se révèle large (épices, fruits noirs) et la bouche riche.

 

Pommard Vaumuriens – 15 sur 20

Ce terroir tardif de haut de Coteau est situé au sud de l’appellation (près des Rugiens) et se caractérise par une terre peu épaisse. Le domaine y dispose de deux parcelles, les dernières à être vendangées à l’heure de la récolte. Ce terroir favorise un profil de vin plutôt réservé, se distinguant par une aromatique délicate. En bouche, les tannins sont sérieux offrant une texture davantage en longueur qu’en ampleur.

 

Pommard premier cru Croix Noires – 16,5 sur 20

Nous passons cette fois en piémont de côteau, prés du village, sur des sols argileux et profonds. L’ensemble donne un beau pommard, typé, sur des notes de fruits noirs à maturité, des épices douces. La bouche est dense mais surtout d’une grande longueur. Une belle réussite.

 

Pommard premier cru Fremiers – 15,5 sur 20

Quelques mètres plus au sud, par rapport aux Croix Noires, suffisent à atteindre Les Fremiers. Là aussi la terre est assez épaisse mais le vin semble un peu moins démonstratif à ce stade. Après une attaque plutôt discrète en bouche,  il développe une belle matière qui tend à s’installer durablement en bouche. La finale épicée fait montre d’une bonne persistance aromatique également.

 

Pommard premier cru Rugiens – 16 sur 20

Opposer la finesse des Epenots à la masculinité des Rugiens est un jeu auquel on se prête souvent lorsque l’on déguste les vins de Pommard. Le terroir, il est vrai est bien différent : nous sommes ici à mi-coteau au sud de Pommard avec une grande diversité de sols. Pour autant si les tannins sont un peu plus présents en final que dans le Grand Clos des Epenots (voir ci-dessous), la finesse aromatique  à dominante florale et un certain soyeux des tannins montrent que nous ne sommes pas là en présence d’un vin rustique.

 

 

Le Grand Clos des Epenots dans le temps

 

Le Grand Clos des Epenots, 4,89 hectares, est un monopole du domaine de Courcel. C’est un terroir du nord de l’appellation, dans un secteur quasiment plat. Le sol caillouteux est toutefois assez peu profond, 40 à 60cm, et filtrant. Après tri, les raisins sont encuvés sans égrappage. A l’image des autres cuvées du domaine, les extractions sont assez longues, environ un mois. De même, les élevages s’étendent sur une période de près de deux ans (20% fût neuf). Les vins sont mis en bouteilles sans ni collage, ni filtration.
Le Grand Clos des Epenots démontre à travers cette dégustation une belle régularité dans la qualité, quelque soit le profil du millésime. Le privilège des grands…

Pommard premier cru Grand Clos des Epenots 2015 – 17 sur 20
Un beau terroir, des vignes de 70 ans et un millésime de belle maturité... Un triptyque qui donne au final un vin à la personnalité envoutante. Le nez s’ouvre spontanément sur des notes florales, de fruits noirs et d’épices. Le tout se mêle avec une grande harmonie. Rien ne semble forcé dans ce vin, il livre simplement son faste avec une spontanéité déconcertante. Assurément nous sommes là dans la famille des plus grands rouges de la Côte de Beaune.  

Pommard premier cru Grand Clos des Epenots 2011 -16,5 sur 20
Millésime friand, facile à déguster dans sa jeunesse, 2011 a aussi le mérite de ne pas s’en laisser compter question longévité. Très ouvert sur le plan aromatique (de belles notes de rose et de pivoine), ce pommard parait encore particulièrement fringant. Une texture d’une grande élégance déroule ses tannins soyeux en bouche. Rien que du plaisir.


Pommard premier cru Grand Clos des Epenots 2010 – 18,5 sur 20
Attention grande bouteille ! S’il est de bon ton d’avoir une préférence pour les grands pinots noirs de la Côte de Nuits, ce Grand Clos des Epenots pourrait faire de l’ombre à bien des climats réputés du vignoble nuiton. Il délivre des notes de cerise fraiche avec beaucoup d’intensité et d’harmonie en bouche comme au nez. L’équilibre entre acidité et moelleux est idéal. Une finale pure et d’une grand classe conclut la dégustation.


Pommard premier cru Grand Clos des Epenots 2007 – 16 sur 20
Le millésime précoce était aussi peu évident dans les vignes, résultat d’un été maussade. Les raisins avaient souvent besoin de tri. La robe surprend par ses reflets rubis témoignant d’une évolution peu marquée. Confirmation au nez où la palette d’arômes primaires, fruits rouges frais, est encore dominante. La bouche est vigoureuse, d’une belle tenue tout au long de la dégustation. Une bonne surprise.


Pommard premier cru Grand Clos des Epenots 2006 – 15 sur 20
La robe légèrement orangée montre que cette bouteille a commencé tranquillement à évoluer. Le nez ne montre pas de fatigue aromatique et reste assez frais avec une dominante vanillée, épicée et légèrement kirschée. La bouche est souple, ample. Le millésime solaire qu’était 2006 a généreusement posé son empreinte.  

 

Domaine de Courcel - 29 Place de l’Eglise - BP 22 F-21630 Pommard - Tél : (0)3 80 22 10 64
www.domainedecourcel-pommard.fr

 

Carte du vignoble de Pommard. © S.Pitiot et JC Servant. "Les Vins de Bourgogne".
Carte du vignoble de Pommard. © S.Pitiot et JC Servant. "Les Vins de Bourgogne".
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Jean-Claude Ellena, le parfum, le vin et la cuisine

Jean-Claude Ellena est considéré comme l'un des plus grands "nez" de notre époque. Ce fameux compositeur de parfums, qui a œuvré pour Hermès de 2004 à 2016, est un amoureux de culture et de vins (de Bourgogne en particulier). Il vient de publier "L'Ecrivain d'odeurs" (aux Editions Le Contrepoint). Nous nous sommes livrés avec lui au jeu des correspondances...  

 

Jean Claude Ellena personnalité marquante de la parfumerie contemporaine.  Baptiste Lignel.
Jean Claude Ellena personnalité marquante de la parfumerie contemporaine. Photo : Baptiste Lignel.

Vous parlez de terroir (dès la page 25 de votre livre), une notion chère à la Bourgogne. « C’est l’homme dans sa façon de cultiver les plantes et de les distiller qui crée un terroir ». Pouvez-vous développer ?
Autant je veux bien croire que l’orientation du terrain, ses composantes, peuvent influencer les odeurs, les goûts, autant on s’aperçoit que le traitement que l’on fait subir à la plante, les précautions prises au niveau de la culture, du chargement de l’appareil, de la température de distillation, interviennent beaucoup plus que le terrain. C’est l’homme dans sa manière d’aborder le matériau qui crée le terroir. Je l’ai vu sur les lavandes par exemple.

Pour vous à l’origine du terroir il y a d’abord une communauté d’hommes qui partagent une approche assez semblable de leur travail ?
Oui, c’est une pratique commune menée avec respect qui donne de la qualité au produit. Sinon il n’y a rien du tout. C’est davantage l’homme qui fait la qualité du produit que le sol. Je le crois en parfumerie, je le crois aussi pour le vin, la cuisine, les légumes, etc. A la fin c’est l’homme qui a fait le nécessaire. Ce n’est pas parce que cela vient de tel endroit que c’est bon. C’est l’homme ou la femme qui sont derrière le produit qui font le produit.

Vous avez dit être en résistance par rapport à l’uniformisation planétaire. La mondialisation semble pourtant inéluctable. Comment fait-on pour résister ?
C’est un problème lié à l’économie. Soit on privilégie une approche analytique du marché : tel produit, tel goût, se vendent bien, donc j’en fais. Là on risque l’uniformisation. Soit on se dit : je fais un produit unique, j’ai suffisamment confiance en ce que je fais. Je peux me distinguer des autres et si je fais cela bien, je trouverai mon public. Oui, il peut y avoir un public pour cela à condition de ne pas viser un million de bouteilles. La question c’est : est-ce que je veux faire un énorme chiffre d’affaires avec parfois un profit bas, parce que j’aurais dépensé en publicité, en médias, etc. Où est-ce que je fais un petit chiffre d’affaires mais en visant un profit élevé ?

D’autant que le mot de profit peut-être élargi à d’autres notions que l’aspect strictement financier…
Oui. Au-delà du profit économique il y a le profit social. La plaisir de vivre ensemble…

Cela a-t-il été simple pour vous d’éviter l’uniformisation ?
Oui. C’est ce que j’essaie de montrer dans le livre. J’ai besoin de me différencier. Je ne veux pas embêter tout le monde mais j’ai ma manière de penser. Vous la prenez ou vous ne la prenez pas, mais je poursuis à ma manière. J’essaie au maximum de faire bien, d’aller le plus loin possible. J’ai été reconnu pour cela. Ce n’était pas les sirènes économiques qui flattaient mon oreille mais l’envie de me faire plaisir.

J’en reviens finalement à cette notion de  terroir. Si vous étiez né aux États-Unis, par exemple, auriez-vous eu cette liberté ?
(Hésitations). Oui, j’aurais essayé de trouver un espace de parole, d’identité, de différenciation. Mais avec toujours en tête qu’il y a un niveau de chiffre d’affaires à ne pas dépasser. Je me suis intéressé assez tôt à l’économie coopérative. Quand une société se situe autour de 40-50 employés, cela marche. Tout le monde est au courant de tout, l’information passe. A partir du moment où l’on atteint le seuil de 50 personnes, les difficultés arrivent… Il faut commencer à hiérarchiser. L’information passe moins bien. Pour se différencier, il faut que l’information passe.

Je formule ma question différemment : si vous n’étiez pas originaire de Grasse, auriez-vous fait ce parcours ?
Grasse n’était pas une obligation. Je suis né là par hasard. Ce qui était beaucoup plus important pour moi, c’est l’environnement culturel : ma grand-mère, qui m’a façonné une certaine forme d’esprit. Ailleurs, je ne me serais peut-être pas exprimé dans les parfums… Si j’avais été américain, je ne pense pas que j’aurais réfléchi de la même manière. Je me sens terriblement français dans ma manière de penser. C’est difficile à définir, mais il y a une sensibilité aux arts, à la culture, à la critique… L’esprit critique, c’est très français. Aux États-Unis c’est très mal compris un esprit critique. C’est vécu comme négatif. Moi je ne trouve pas cela soit négatif, à condition que cela ne soit pas un esprit démolisseur mais une prise de distance par rapport à ce qui est dit, à un discours.   

Vous évoquez la « nouvelle cuisine », apparue dans les années 1970. Un mouvement qui s’accompagne d’une simplification des recettes et de la mise en valeur du produit. Vous faites un parallèle avec ce qu’il s’est passé en parfumerie à la même époque. On a le sentiment qu’il n’y a pas eu de grande évolution de ce type depuis. Voyez-vous une évolution de cette même ampleur venir ?
Non. Cela me fait penser à ce qu’a dit Mélenchon : si la jeunesse veut bien faire quelque chose, on y arrivera (rires). Je ne suis pas mélenchoniste, mais il a diablement raison cet homme.

Vous parlez d’Olivier Roellinger et de Michel Bras, deux de vos amis. Les enfants ont pourtant pris la suite…
Oui, mais on est dans la continuité. Sébastien Bras apporte quelque chose, mais ce n’est pas une remise en question. A l’époque de Michel, il y avait une remise en question. Il a fait des paris très audacieux. C’était une folie extraordinaire son restaurant. L’héritage est lourd. Quand à Olivier Roellinger, c’était aussi audacieux. Son fils lui dit : « Je ne ferai pas comme toi ». Il fait à sa manière tout en suivant ces traces. Ma fille est parfumeuse. Au début c’était comme ça (il montre ses deux poings face à face) : « Papa t’es lourd !». C’était à la fois affectueux, mais pas uniquement… Elle a trouvé sa voie en assimilant ce que je faisais et en le faisant à sa manière. C’est parfait. Je ne crois pas que des remises en question se font à chaque génération. J’ai eu la chance d’appartenir à une génération qui a bousculé les choses. Certains ont bien bousculé, d’autres moins bien…

Que vous demandent les jeunes parfumeurs qui viennent vous trouver ?
S’il y a une recette, une formule, pour faire un grand parfum. Créer un parfum ce n’est pas une recette mais une manière de penser. Ça c’est difficile. Acquérir une manière de penser le parfum demande du temps, une distance par rapport à ce que l’on fait. Pourquoi j’ai fait cela ? Est-ce que je peux le faire autrement ? Ces questions là sont intéressantes. Je me souviens d’un parfumeur qui faisait des formules avec 400 matières premières différentes ? Certains produits étaient tellement à l’état de traces qu’ils n’en signifiaient plus rien. Tout en applaudissant parce qu’il y avait une forme de maitrise, j’essayais d’analyser cela en me disant : mais pourquoi ? La seule réponse que j’ai trouvée, c’était qu’il s’agissait d’une démonstration du savoir-faire du parfumeur. Mais aussi que la complexité donne du secret. Personne ne comprend, donc j’ai un savoir que d’autres n’ont pas. Moi j’ai toujours montré mes formules. Ce n’est pas l’idée qui est importante, c’est la manière dont tu la travailles. La plupart du temps les gens vont voir l’idée sans lire comment cela a été fait. Au-delà de l’apparence, il y a une manière de penser.       

Dans votre livre, on découvre vos nombreuses sources d’inspirations pour créer un parfum : lieux, écrivains, cuisiniers. Un vin vous a-t-il déjà inspiré ?
Oui, pour le parfum In Love Again d’Yves Saint Laurent. Je voulais travailler sur l’acidité, le vert, le fruité. Pas le fruité confiture, cuit, que l’on trouve beaucoup dans les parfums actuels, je voulais le côté vert, cassis que j'avais rencontré dans un sancerre. L’acidité met en appétit, il y a quelque chose qui vous accroche.

La notion de luxe parcourt de plus de plus le monde du vin. Elle ne semble pas vous faire rêver. Quelle définition en donnez-vous ? Est-elle dangereuse ?
Chez moi, le luxe c’est le partage. Je ne connais pas de plus joli luxe que de partager une table avec ma famille, mes amis. Le prix ne définit pas le luxe. Malheureusement pour beaucoup de personnes, le prix signe le luxe. J’ai travaillé chez Hermès et le mot luxe y est interdit. On se veut une maison d’artisans, d’artistes. Le luxe implique une excellence, une maitrise nécessaire mais à un moment donné il faut un brin de folie. C’est ce brin de folie qui m’intéresse. Pierre Gagnaire me posait la question de la transmission : comment tu fais ? J’ai un chef techniquement parfait. Il fait la recette à la perfection mais si je lui demande d'inventer quelque chose, il ne peut pas. Michel Bras arrive avec des trucs incertains à faire des choses incroyables. Je pense à son gargouillou : si on le regarde comme cela, c’est une salade. Mais à chaque bouché,e le goût est différent et ça n’arrête pas. C’est merveilleux.

Le poids économique du luxe ne s’oppose-t-il pas à ce brin de folie ?    
Oui. En Argentine j’ai visité un vignoble magnifique, ordonné, irrigué au bon moment. J’ai gouté le vin. Parfait, vanillé, épicé. C’est très agréable. J’ai dit à l’œnologue : c’est une jolie fille mais il ne vaut mieux pas qu’elle parle. C’était mon sentiment. L’année prochaine, ce sera identique et dans 10 ans ce sera identique. Si je connais à l’avance le résultat, si c’est borné, ce n’est surtout pas du luxe.

Quand on compare des notes de dégustateurs ayant gouté le même vin, on s’aperçoit que le vocabulaire utilisé est très différent, voire sans rapport. Comment l’expliquez-vous ?
Je vais vous rassurer : je crois que l’on a un vocabulaire commun. Je prends un exemple, voici votre portable. Il va représenter les goûts, les odeurs, d’un vin. Vous allez me parler de ça (il montre la face avant du portable) et moi je vais vous parler de ça (il montre la face arrière du portable). Un autre pourra parler de cela (il montre la tranche de l’appareil). Nous voyons la même chose sans voir le même aspect. C’est un problème d’écoute finalement. Si chacun se met dans l’écoute de l’autre, cela marche. Ça ne marche plus si l’un prétend savoir et n’écoute plus. Je l’ai vu avec des parfumeurs. Deux parfumeurs devant le même parfum, c’est un désastre (éclat de rires)… Chacun croit savoir. « J’ai la connaissance ». « Je suis le spécialiste ». Si l’on se dit on va s’écouter, « mais pourquoi tu me dis cela ? », petit à petit, on converge. Le terme scientifique, c’est la communication référentielle. Vous prenez cinq parfums de votre côté, cela peut-être cinq vins, je prends les mêmes de mon côté dans un ordre différent. Chez vous ils sont identifiés 1,2,3, etc. Chez moi c’est A,B,C, etc. Le but c’est que l’on retrouve les bonnes correspondances. Si l’on est dans l’écoute, on fait 5 sur 5. Sinon zéro. C’est terrible.
J’ai fait cette expérience à l’issue d’une conférence. Un couple de vieilles personnes est arrivé. Cela se passe mal, le couple est dans une relation conflictuelle en permanence. Résultat : zéro. Arrive un jeune couple, 17 ou  18 ans. Ils étaient amoureux. Ils ont échangé très peu de mots. Le vocabulaire était pauvre. Résultat 5 sur 5. J’étais émerveillé. La difficulté c’est d’expliquer gentiment à une personne qu’elle n’écoute pas l’autre, qu’elle est sur la défensive.

 

Les pires ce sont donc les experts ?
Oui ! (Eclats de rires)    

Depuis quelques années il est beaucoup question de minéralité dans le vin. Cela suscite des débats. Ce terme, on le retrouve aussi dans votre livre. Vous est-il arrivé de trouver cette minéralité dans des vins ?
Oui. C’est un mot que j’aime bien. Il faut le traduire. L’odeur de pierre à fusil par exemple, c’est un côté brulé, fumé, qui s’exprime d’une autre manière. Le soufre peut induire cette notion. Certains aldéhydes aussi. Il y en a un qui donne un côté fer à repasser chaud. L’image du fer chaud conduit à la notion de fer qui conduit à la notion minérale. C’est une image poétique, mouvante. Il n’y a pas qu’une seule minéralité.

Pas de rapport forcément avec la notion de terroir ?
Non pas nécessairement. Une minéralité va s’exprimer plus facilement dans les vins secs que dans les vins doux par exemple.

Pour certains dégustateurs, le discours sur le vin est trop souvent réduit à l’aspect olfactif faisant passer au second plan le toucher, le ressenti en bouche. Êtes-vous d’accord ?
Dans les études que j’ai menées sur la linguistique de l’olfaction on s’est aperçu que 50% des mots utilisés pour décrire les odeurs viennent de l’objet : le citron, la lessive, etc. 30% sont de l’ordre du toucher : le souple, le râpeux, le sec, etc. Cela aide à comprendre le parfum, cela parle à tout le monde. En tant que créateur de parfum, je trouve cela très intéressant. Si je veux que le parfum soit doux, moelleux, comment je vais faire du doux, du caressant ? Comment je vais mettre du « nerveux » dans un parfum. C’est très intéressant à traduire. On ouvre un dispositif beaucoup plus large. Dans l’odeur, il y a du toucher. Parler du vin avec des mots du toucher ouvre un débat. En revanche les couleurs, en dehors du vert, ne marchent pas.

Quelle est la place du vin dans votre vie ? Qu’en attendez-vous ?
Forcément du plaisir. De la surprise aussi. Je sais simplement qu’à mon âge si je bois trop le soir je vais mal dormir. Le plaisir de la découverte c’est un grand plaisir. Les Bourgogne par leur diversité me plaisent.

Un souvenir de dégustation ?
J’ai été intronisé dans la confrérie des Chevaliers du Tastevin. La soirée était extraordinaire. La fête était joyeuse, les vins étaient nombreux. J’ai dormi en paix.


"L'Ecrivain d'odeurs" (Editions Le Contrepoint)

 

Sa "parfumographie" évoquerait même aux non-initiés des souvenirs, d'hommes et de femmes qui auraient porté une de ses créations. Jean-Claude Ellena raconte son histoire de parfumeur dans un ouvrage au style aussi sobre et précis que son travail.
De son premier jour d'apprenti où l'on pourrait croire sentir la chaleur de l'alambic de ce matin de l'hiver 1963 à Grasse, en passant par l'Inde, les États-Unis, le Japon, la Chine, et bien sûr, plusieurs pays méditerranéens. Suivre le parcours, l'itinéraire de vie et de parfumeur de Jean-Claude Ellena, c'est comprendre à chaque page ce qui fait la grâce et la magie d'un grand parfum. Pour information, les éditions Le Contrepoint ont crée une revue dédiée au parfum, aux odeurs, "Nez", dont le 4ème numéro vient de paraître. En vente en librairie.


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Un nouveau record aux Hospices de Beaune

La vente des Hospices de Beaune 2017 a vu le record de son chiffre d’affaires battu. Il s'établit à plus de 11 millions d’euros. Les blancs et les grands crus ont flambés. Les rouges ont tempéré la hausse globale (+8,5%).

 

Les blancs ont progressé de 30% aux Hospices de Beaune cette année. LG
Les blancs ont progressé de 30% aux Hospices de Beaune cette année. LG

Un nouveau palier a été franchi aux Hospices de Beaune. Personne n'avait parié qu'un tel chiffre d'affaires, 11 millions d'euros, serait atteint cette année, même avec un important volume à la vente. En 2009, ce chiffre n'était même de la moitié (5 millions). Le millésime était pourtant superbe et le volume encore plus important (799 pièces).

Les grands crus rouges ont tout d'abord tiré vers le haut une vente qui peinait à s'emballer. Premier coup chaud avec un coup de marteau à 80 000 € pour une pièce de Clos de la Roche ! C'était 63 000 l'an dernier...
Ce sont les blancs qui ont ensuite pris le relais avec des corton-charlemagne, bâtard-montrachet, et meursault-charmes à 30% d'augmentation et plus. Le pouilly-fuissé allait atteindre une hausse de 50%, plus forte progression en blanc, en deuxième partie d'après-midi. Une fin de vente menée tambour battant qui allait faire trembler puis tomber le record de 2015 (10,1 millions d'euros). Du côté des vendeurs, Jasper Morris (Christies), comme du côté des acheteurs, Albéric Bichot par exemple, on ne cachait une certaine surprise voir même une forme d'incrédulité. " Nous avons acheté 115 pièces, mais on aurait bien voulu que ce nombre soit encore plus important", concluait Albéric Bichot à l'issue de la vente. "Y-en-aura pour tout le monde ? " écrivions-nous en présentation de la vente le mois dernier. Visiblement non. Cette hausse sur un bon millésime, sans être exceptionnel, et avec un volume conséquent montre que les Hospices de Beaune ont considérablement élargi leurs clients au cours des 10 dernières années. Une clientèle qui ne craint pas de payer des vins à des prix très élevés.     


Les résultats en chiffres

Chiffre d’affaires final : 11 164 900 €

 

Évolution du prix moyen de la pièce (fût de 228 litres) : +8,59%

 

Rouges : +3,14 % (630 pièces)
Prix moyen de la pièce : 13 301 €

 

Blancs : 29,64 % (117 pièces)
Prix moyen de la pièce : 17 613 €

 

Pièces de Charité : 420 000 euros achetées par un ressortissant chinois avec le concours de la maison Bichot (un brésilien a abondé de 10 000 €)

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Hospices de Beaune : notre palmarès des cuvées 2017

Notre sélection des meilleurs vins des Hospices de Beaune après dégustation de toutes les cuvées du millésime 2017. Des cuvées mises aux enchères le 19 novembre prochain.

 

Impressions générales : Après deux millésimes qui ont vu les vins atteindre des niveaux de concentration particulièrement élevés, ce millésime 2017 revient à des standards nettement plus habituels. Les cuvées de rouges affichent dans l’ensemble des matières assez friandes, souples, d’une persistance assez modérée. La raison est parfaitement identifiée : des rendements dans l’ensemble confortables. La vigne à produit cette année, et c’est là l’une des principales bonne nouvelle de ce millésime, après une suite de campagnes de disette. Une générosité qui s’est accompagné d’une météorologie bienveillante, permettant aux raisins d’atteindre une bonne maturité.
Le nombre de pièces mis en vente (fûts de 228 litres), 787 au total,  en est la concrétisation. La vente 2017 se situe parmi les quatre plus généreuses de l’histoire.  Ludivine Griveau, régisseur du domaine, insiste sur le travail nécessaire à mettre en place lors de cette campagne à la vigne pour contenir certaines parcelles trop productives : ébourgeonnage sérieux et éventuellement vendanges vertes. « Nous sommes à un rendement contenu d’un peu plus de 40 hectolitres par hectare. Avec une production nettement plus basse dans les grands crus, je pense au mazis-chambertin ou aux cortons, où nous avons récolté un peu plus de 30 hectolitres par hectares. Soit moins qu’en 2016 ». La date de vendanges était également primordiale : les parcelles les moins chargées ont muri plus facilement et profité des derniers jours d’aout pour parfaire leur maturation dans de bonnes conditions (coup d’envoi des vendanges le 1 septembre). Le retour de la pluie et d’un climat davantage de saison ont conduit les équipes des Hospices de Beaune à repousser la récolte des parcelles les plus tardives aux 20 et 21 septembre (monthelie, santenay, pernand-vergelesses).

 

Une fois en cuverie et triés, les raisins ont été systématiquement égrappés et vinifiés sans recherche d’extraction poussée. Les fruits étaient mûrs et ne manquaient pas d’expression aromatique. Un caractère flatteur que l’on retrouve dans la plupart des cuvées. Il fait dire à Ludivine Griveau que le millésime se rapprochant le plus de ce profil est 1999. Une année qui dans l’ensemble a laissé de bons souvenirs aux amateurs de vins de Bourgogne.

 

Voici nos notations et commentaires pour chaque cuvée :

 

La note maximale est ++++

 

Les Rouges

 

Mes coups de cœur :

 

- Le trio de Beaune premiers crus : Maurice Drouhin, Pierre Floquet et Nicolas Rolin.

 

- Volnay premier cru Santenots Gauvain

 

- Pommard premier cru Epenots Dom Goblet

 

- Corton Clos du Roi grand cru Baronne du Baÿ

 

- Echezeaux grand cru Jean-Luc Bissey

 

 

 

Monthelie Lebelin +++

Une bonne entame de dégustation. Au nez, les touches expressives de fruits frais donnent la note de départ. En bouche, la souplesse, la densité et même la longueur de ce vin forment un ensemble harmonieux.

 

 

Santenay Christine Friedberg ++

Le nez mêle avec une certaine complexité des notes de framboise et de petits fruits noirs. Les tannins s’affirment avec une certaine vigueur en bouche, tout en montrant un peu moins de densité que dans le monthelie précédemment dégusté.

 

 

Pernand-Vergelesses premier cru Rameau-Lamarosse +++

L’élevage sous bois (en fût de 456 litres) a apporté d’agréables notes de pain grillé à ce pernand. Sa souplesse et sa gourmandise sont quant à eux certainement le fruit de vendanges tardives pour l’année (21 septembre). Un vin de plaisir immédiat.

 

 

Savigny-lès-Beaune premier cru Arthur Girard

Un retour sur le catalogue après une année 2016 marquée par la grêle. Le nez se montre très avenant sur une tonalité de fleurs fraiches et de fruits rouges. La bouche mordante rend le vin austère, cinglant et difficile d’approche. A oublier, pour l’instant en tout cas…

 

 

Savigny-lès-Beaune premier cru Fouquerand ++++

Une cuvée composée de jolis terroirs de l’appellation : Serpentières, Gravains, etc. Ils ont donné une cuvée particulièrement harmonieuse, dense et longue en bouche. Le nez s’ouvre un bouquet de pivoine. Un beau premier cru.

 

Savigny-lès-Beaune premier cru Les Vergelesses Forneret +++(+)

Un petit peu moins flatteur que la cuvée Fouquerand, ce Forneret ne manque pas pour autant de caractère. Les tannins sont denses et fins à la fois. Il développe une belle palette aromatique sur les épices. Un vin à potentiel.

 

 

Auxey-Duresses premier cru Les Duresses Boillot ++

Changement d’appellation et changement de profil. Si les cuvées affichaient pour l’heure un caractère plutôt « féminin » nous sommes ici sur une trame plus robuste. Le tout est accompagné de notes finement épicées.

 

 

Beaune premier cru Cyrot-Chaudron Montrevenots +++

Ce terroir de haut de coteau n’est pas le plus côté de l’appellation pourtant cette cuvée livre millésime après millésime des vins accomplis. L’attaque est précise, franche puis laisse se développer des tanins denses et agréables au touché malgré un boisé assez prononcé à ce stade.

 

 

Beaune premier cru Bétault +

A l’inverse de la cuvée de Montrevenots, Bétault peine régulièrement à nous emballer. Le nez se montre plutôt flatteur et expressif. La bouche manque d’allonge et plus globalement de présence pour un premier cru.

 

 

Beaune premier cru Brunet ++

Un vin sur la réserve qui laisse entrevoir des notes de framboise. La bouche est un peu rugueuse mais ne manque de fond. Sans doute une cuvée qui demande un peu de temps pour se mettre en place.

 

 

Beaune premier cru Maurice Drouhin ++++

Le nez s’ouvre sur des notes florales d’une belle élégance. Une matière charnue, gourmande vient remplir la bouche. Un vin long et déjà séduisant. Généralement pas la cuvée la plus simple à déguster à cette époque, elle nous offre cette année un joli contrepied.

 

 

Beaune premier cru Rousseau-Deslandes ++++

Marche après marche la gamme des Hospices nous emmène vers des vins de plus en plus complets. Ce beaune premier cru n’est pas le plus expressif sur le plan aromatique mais son équilibre et sa profondeur en fait très certainement une future très belle bouteille.

 

 

Beaune premier cru Grèves Pierre Floquet ++++

«  Les Hospices de Beaune semblent avoir trouvé un bon rythme de croisière avec cette cuvée mise à la vente pour la première fois en 2004 », écrivions-nous l’an dernier. Cela se confirme en 2017, avec ce vin un rien sévère aujourd’hui mais d’une concentration nettement au-dessus de la moyenne.

 

 

Beaune premier cru Clos des Avaux ++(+)

Terroir de bas de côteau, la profondeur argileuse et la richesse du sol du Clos des Avaux semblent vouloir se faire sentir dans cette cuvée. L’ensemble ne manque pas de fond mais souffre d’un petit déficit d’élégance pour atteindre le niveau des trois dernières cuvées dégustées.

 

 

Beaune premier cru Dames Hospitalières +

Une prise de bois marquée donne un caractère « plancheux » à cette cuvée qui généralement nous fait belle impression. A revoir.

 

 

Beaune premier cru Guigone de Salins +++

Le nom de Guigone de Salins, cofondatrice de l’Hôtel-Dieu, est associé notamment au Climat des Bressandes. Le nez développe une palette aromatique sur la finesse (une dominante florale). En bouche, le vin semble cette année digérer son bois plus difficilement qu’à l’accoutumé. L’ensemble reste plutôt prometteur.

 

 

Beaune premier cru Nicolas Rolin ++++

Le dernier mot sur les beaune revient à Nicolas Rolin, co-fondateur des Hospices : une note finale profonde, intense et d’une grande longueur sur des notes de réglisse. Le nez livre une large palette de fruits noirs. Solide à son poste cette cuvée ne déroge pas à sa réputation.

 

 

Volnay premier cru Général Muteau ++++

Plaisir garanti ! Cette cuvée est une belle association entre finesse et gourmandise. Les tannins sont caressants en bouche, mis en valeur par un boisé bien intégré. Le nez sur les fruits rouges, la cerise en particulier, n’est pas en reste. Bien dans la typicité de son appellation

 

 

Volnay premier cru Blondeau ++

La finesse aromatique, sur un caractère floral, est au rendez-vous. La bouche davantage marquée par le bois laisse une sensation de rugosité un peu moins flatteuse à ce stade. Un peu de temps est surement nécessaire pour que la matière se fonde.

 

 

Volnay premier cru Santenots Gauvain ++++

Expressif sur des notes aromatiques d’une rare élégance (pivoine, rose), la cuvée Gauvain ne tarde à passer en mode séduction. La bouche soutenue par une belle vivacité est très harmonieuse. Une texture fine vient tapisser le palais. On en boirait dès aujourd’hui…

 

 

Volnay premier cru Santenots Jehan de Massol +++(+)

Les amoureux de ce beau terroir qu’est Les Santenots trouveront là une nouvelle occasion d’assouvir leur passion. Sur un profil assez similaire à la cuvée Gauvain, nous y avons trouvé peut-être un petit peu moins de précision. Une nuance qui n’en fait pas moins une belle réussite.

 

 

Pommard Billardet ++

Pas de doute nous avons basculé à Pommard, où en tout cas dans l’idée que l’on s’en fait le plus souvent : un vin solide, musclé, aux tannins bien affirmés. Celui-ci propose également une bonne longueur en bouche.

 

 

Pommard Suzanne Chaudron +++

Une cuvée où domine le climat Les Noizons (secteur nord de l’appellation). C’est l’un des pommard que nous apprécions le plus (avec la cuvée Dom Goblet). Son profil dessine un vin d’une belle densité aussi bien bouche, les tannins sont concentrés, qu’au nez. L’aromatique s’ouvre sur un fruité d’une bonne pureté.

 

 

Pommard Raymond Cyrot +

Ce pommard est le résultat d’un assemblage de nombreuses parcelles. Assez expressif sur le plan aromatique, comme la cuvée Chaudron, sa matière en bouche est moins bien définie et les tannins montrent davantage d’aspérité.

 

 

Pommard premier cru Dames de la Charité +++

Une belle synthèse entre densité et finesse sur des notes de petits fruits rouges (framboise). Les Petits Epenots et les Rugiens, deux beaux terroirs de pommard, se trouvent bien mis en valeur dans cette cuvée.

 

 

Pommard premier cru Epenots Dom Goblet ++++

« Une cuvée qui surclasse d’une bonne tête les autres pommards de la série », écrivions-nous l’année dernière. On ne dira pas mieux pour ce millésime 2017. En complexité comme en intensité, ce vin affiche une grande classe. Un beau terroir mis en exergue avec talent.

 

 

Corton grand cru Charlotte Dumay ++

Cette cuvée issue de parcelles situées à mi-côteau (Les Bressandes et Les Renardes), au cœur de la colline de corton, se présente sous des atours plutôt charmeurs (dominante épicée). La bouche manque toutefois un peu d’harmonie et de définition à ce stade pour susciter une franche adhésion.

 

 

Corton grand cru Docteur Peste ++++

Une cuvée qui nous avait particulièrement séduit l’année dernière. Elle s’affirme sur un profil un peu plus réservé et avec davantage de finesse cette année. Une trame fraiche emmène sa texture en bouche vers la longueur. Voilà qui promet un beau vin de gastronomie.

 

 

Corton Clos du Roi grand cru Baronne du Baÿ ++++

On retrouve la Baronne du Baÿ au niveau auquel elle nous avait habitué (décevant l’an dernier) : celui de l’une des très belles cuvées de rouges de la gamme des Hospices (climat Clos du Roi). Les fruits noirs et le réglisse s’en donnent à cœur joie en bouche. La bouche est charnue, profonde.

 

Echezeaux grand cru Jean-Luc Bissey ++++

C’est sans doute la première fois depuis l’apparition de cette cuvée aux Hospices (2011) qui nous trouvons vraiment matière à s’enthousiasmer. Le nez évoque la cerise et la mure avec une belle intensité. Des tannins denses, patinés, soutenus par ce qu’il faut d’acidité lui assurent une présence majestueuse en bouche. D’autant plus que la persistance aromatique ne fait pas défaut. Grande classe.

 

 

Clos de la Roche grand cru Cyrot-Chaudron et Georges Kritter +++

Le millésime 2016 jouait la carte du fruit sans une énorme densité. C’est l’inverse cette année : les tannins sont costauds, bien affirmés. Le nez évoque la myrtille mais peine à se libérer d’un boisé dominant pour l’heure. Prometteur mais difficile d’approche aujourd’hui.

 

 

Mazis-Chambertin grand cru Madeleine Collignon ++++

La constance de ce terroir à produire un vin de grande classe est remarquable. Nous sommes ici sur une cuvée encore en retenue (l’inverse serait inquiétant deux mois après les vendanges) mais sa densité et la qualité de sa texture annoncent des futures grandes bouteilles. Une cuvée qui ne devrait pas se brader cette année et devrait encore arrondir le chiffre d’affaires de la vente…

 

 

Les blancs

 

Impressions générales : Millésime précoce, assez chaud et sec, 2017 présente a priori un profil météorologique plus favorable aux rouges qu’aux blancs. Les acidités sont en effet moins bien préservées lors de ce type d’année ce qui peut aboutir à un manque de vivacité dans les vins. Pourtant une floraison difficile pour les chardonnays a vu les rendements se restreindre dès le début du cycle de la vigne. Les raisins se sont concentrés tout au long de l’été. Les pressurages n’ont permis d’extraire que peu de jus. Les vins sont logiquement riches et denses. Un peu moins « lisibles » que les rouges à ce stade de la dégustation aussi. L’équilibre est là et ils s’annoncent de bonne garde. Ce millésime devrait faire date pour les chardonnays.

A noter que les cuvées de Chablis et de Puligny-Montrachet n’était pas présentée à la dégustation faute de volume suffisant.

 

Mes coups de cœur :
-Meursault Loppin
-Meursault-Charmes premier cru Bahèzre de Lanlay
-Corton-Charlemagne Roi Soleil

Pouilly-Fuissé Françoise Poisard +++
Première cuvée récoltée dès la fin août, comme à son habitude, la cuvée Poisard fait valoir sa traditionnelle générosité et de sa souplesse en bouche. Elle exprime aussi une pointe végétale de bon aloi au nez.

Saint-Romain Joseph Menault +++
Changement de décor avec cette appellation de la côte de Beaune, en altitude. C’est ici davantage la finesse, la minéralité et une belle vivacité qui sont mis en exergue. Un vin précis.

Beaune premier cru Les Montrevenots Suzanne et Raymond ++(+)
Cette toute récente cuvée au catalogue des Hospices (parcelle replantée en chardonnay en 2010), nous a laissé jusqu’ici que de bonnes impressions. Le boisé est cette année un peu marqué (pain grillé) mais l’ensemble ne manque pas de fond. Prometteur.
 
Meursault Loppin ++++
Les deux terroirs du nord de l’appellation (Les Cras et les Criots) mis en avant ici ont donné ce qui pourrait bien être l’archétype des blancs de ce millésime : profond, riche, mais aussi intense sur le plan aromatique. Une cuvée qui annonce beaucoup de plaisir.

Meursault Goureau ++++
Comme la précédente cuvée, ce vin est le fruit d’un assemblage de terroir dans lequel on retrouve en partie des premiers crus (Porusots ici). La comparaison s’arrête là puisque ce vin joue la carte de la fraicheur, de la tension avec une dominante d’agrumes. On aime aussi !

Meursault-Porusots premier cru Jéhan Humblot ++++
Porusots, terroir généralement minéral, aux vins purs et ciselés, exprime son caractère avec une certaine constance. C’est tout à fait le profil qu’il s’entête à nous montrer cette année encore…  Le tout avec une très belle persistance. De grandes promesses.

Meursault-Genevrières premier cru Baudot  et Philippe Le Bon
Deux vins qui n’ont pas terminé leur fermentation. Le sucre résiduel rendant l’appréciation de l’équilibre très compliquée, nous nous abstiendrons de les noter.

Meursault-Charmes premier cru Bahèzre de Lanlay ++++
Le nez développe de fines notes florales soutenues par une boisé bien intégré. Une matière d’une grande harmonie vient flatter le palais, le gras est rehaussé d’une pointe de minéralité et persiste longuement en finale. Un vin complet.

Meursault-Charmes premier cru Albert Grivault ++++
Une cuvée qui développe des arômes de fruits à haute maturité : abricot, pêche, auxquels s’associent une touche vanillée. La matière est profonde, intense, d’une très grande longueur aussi.

Corton Docteur Peste ++
Le nez particulièrement prometteur s’exprime avec intensité et précision à la fois. La bouche laisse un peu sur sa faim. Le vin peine à prendre de la largueur. Une phase délicate ?

Corton-Vergennes grand cru Paul Chanson +++
La cuvée la plus au nord de la Côte de Beaune pour les Hospices de Beaune. On retrouve au nez les notes d’une maturité assez avancée du fruit. La bouche se distingue par une petite pointe d’amertume qui lui donne un surcroit de vigueur.

Corton-Charlemagne Roi Soleil +++++
Particulièrement prometteur et porté par une belle minéralité en 2015, le Roi Soleil récidive cette année. Il semble aimer les années précoces ! On apprécie sa grande finesse, sa finale longue et salivante. Un grand blanc en devenir.

Corton-Charlemagne grand cru François de Salins +++
Droite, pure, cristalline, cette cuvée peut revendiquer un lien de parenté avec le précédent corton-charlemagne. Il est toutefois un peu plus austère, un rien hermétique à ce stade. Les aléas d’une dégustation précoce.

Bâtard-Montrachet grand cru +++
Dans un millésime d’une belle concentration on pouvait s’attendre à un bâtard-montrachet au format XXL. Il est effectivement riche et intense sans pour autant tout écraser sur son passage. Il n’a pas non plus la finesse rencontrée dans les deux corton-charlemagne précédents. D’où une note assez moyenne.

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Deux américains reprennent le clos de la Commaraine à Pommard

Denise Dupré et Mark Nunnelly ont repris l’exploitation des 3,75 hectares du Clos de la Commaraine, premier cru de Pommard, et son Château. Ce dernier redeviendra un lieu de vinification mais aussi un site d’oenotourisme haut de gamme.

Le Château de la Commaraine et son Clos premier cru à Pommard. LG
Le Château de la Commaraine et son clos premier cru à Pommard. LG

C'est une nouvelle transaction qui devrait faire parler d'elle en Bourgogne. La Commaraine est un clos monopole (un seul tenant, un seul propriétaire) en premier cru et un château qui ne manque pas d'allure. Ce dernier redeviendra un lieu de vinification mais aussi un hôtel-restaurant gastronomique. Le projet doit voir le jour dans un délai non précisé pour l’heure.  « Nous voulons en faire un lieu intimiste qui sera peut-être également doté d’un spa », explique Jean-Luc Vitoux, directeur.

Les raisins du clos étaient jusqu’à présent vinifiés par la maison Louis Jadot (Beaune). Cette dernière assurant aussi la commercialisation du vin sous sa marque. 

 

Denise Dupré est professeur à Harvard (restauration et hôtellerie) et Mark Nunnelly financier (Bain Capital à Boston). Le couple poursuit donc ses investissements en Bourgogne puisqu’il a repris, avec d’autres investisseurs, le domaine Belleville (22 ha) et le Manoir murisaltien (maison de négoce) en mai dernier (lire ici). Le Manoir murisaltien, nom peu accrocheur pour des non-francophones, doit changer de dénomination à l’occasion de cette reprise pour être rebaptisé La Commaraine.

Le Clos de la Commaraine a déjà un lien historique avec les États-Unis : Thomas Jefferson, célèbre  contributeur à la Déclaration d'indépendance et troisième président des USA, a été l’un des acheteurs de ces vins (millésime 1785).

Des américains qui semblent avoir les yeux de Chimène pour les belles propriétés de Pommard : le Château de Pommard est la propriété du californien Michael Baum depuis 2014.

 

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