Vin nature, introduction aux vins biologiques et biodynamiques

Isabelle Legeron publie  « le premier guide dédié aux vins nature », tout en constatant que la définition de ce fameux vin nature n'existe pas officiellement. De quoi y voir plus clair pour les consommateurs ? Pas certain...

L'engouement pour les vins dits « natures ou  naturels », trouve son prolongement dans le monde de l'édition. C'était inévitable, naturel, diront certains... On imagine auteurs et éditeurs se torturant le cerveau pour sortir « le premier guide dédié aux vins nature », titre revendiqué ici, tout en constatant que la définition de ce fameux vin nature n'existe pas officiellement. Tout producteur peut s'en réclamer. Il appartient donc aux auteurs de fixer la frontière de qui est légitimement naturel ou pas...

 La lecture de l'ouvrage d'Isabelle Legeron est particulièrement édifiante de ce point de vue. La première Française Master of Wine (un titre anglais de commercialisation du vin) a le mérite de ne pas sous-estimer la difficulté de la tâche. Il faudra toutefois vite passer une quatrième de couverture augurant mal du reste de l'ouvrage. Le texte de présentation est un exemple parfait d'amalgames et d'outrances : d'un côté l'industrie du vin avec ses « avions-épandeurs de pesticides », de l'autre une « agriculture durable », qui donne naissance à des raisins biologiques et biodynamiques. Et au milieu de tout cela la question de l'usage excessif des sulfites en vinification.

 

Il faut donc rapidement passer au premier chapitre pour voir la problématique se dessiner avec plus de nuances. Extrait :

 « C'est l'un des plus gros problèmes que les vignerons nature rencontrent aujourd'hui. Aucun label officiel ne permet de reconnaître leur produit, ce qui laisse le terme vin nature ouvert aux abus et aux critiques. Jem Gardener de Vinceremos, caviste spécialiste des vins biologiques à Leeds, au Royaume-Uni, s'explique : « On attend de nous de faire confiance aux vignerons... parce qu'ils utilisent des méthodes et des ingrédients naturels. J'aimerais beaucoup que cela suffise, mais je crains que dans ce monde, ce ne soit pas possible. » Dans l'état actuel des choses, n'importe quel vigneron peut se proclamer nature. Qu'il le soit ou non, cela n'implique que sa propre intégrité. »

 

On pourra aussi ajouter que les plus intègres de ces vignerons ne se retrouvent pas dans ce terme. Et nous doutons que certains vignerons cités dans cet ouvrage se réjouissent d'y figurer. Isabelle Legeron ne l'occulte pas. Quelques lignes plus loin :

 « En fait, certains vignerons nature n'aiment pas le terme « nature » non plus. « Ce n'est pas le terme approprié, parce qu'il peut-être utilisé dans n'importe quelle acception. »

 

Or aujourd'hui le qualificatif « nature » est surtout utilisé pour désigner des vins vinifiés sans, ou avec un minimum, de sulfites (le soufre est un conservateur et un antiseptique). Un nombre non négligeable de ces vins sont sujets à des défauts (déviations aromatiques, oxydation, etc.).

 Si la démarche consistant à utiliser le moins d'intrants possible en vinification est louable, surtout si des amateurs sont prêts à prendre le risque de consommer des vins déviants, elle n'est pas pour autant un sujet de santé public. Ou en tout cas certainement pas de l'ampleur de celui posé par l'utilisation de pesticides de synthèse en viticulture (voir l'actuel débat sur le glyphosate...).

Pendant ce temps, et depuis plus de trente ans, des vignerons se donnent du mal pour définir et faire respecter par une certification (ils paient un organisme tiers pour cela) ce qu'est un vin biologique ou biodynamique : en premier lieu le fruit d'une viticulture sans produit de synthèse. Il est à craindre que des consommateurs rendus défiants par l’absence de contrôle des vins dit "nature" et par la qualité douteuse de certains d'entre eux ne finissent par s'en détourner. Regrettera-t-on ce qui n'a pas existé ? La vraie crainte est ailleurs : à force d'amalgames et de raccourcis, l’opprobre risque bien d'être aussi jeté sur les vins bios en général.

C'est précisément un risque qu'Isabelle Legeron ne semble pas mesurer, mélangeant « nature » et bio, oubliant dans le titre de son livre de tirer les conclusions de la réflexion qu'elle expose. Vraie négligence ou facilité marketing ? On laissera le soin au lecteur de répondre à cette question.

 

Editions Eyrolles, 24,90 €

 

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Commentaires : 2
  • #1

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  • #2

    JL CHAUVET (vendredi, 10 novembre 2017 15:16)

    Le commentaire argumenté et cohérent de cet ouvrage manifestement ficelé de façon très regrettablement approximative ne "laissera le soin au lecteur de répondre à cette question" sans doute pas, puisque, de mon point de vue, il n'y a aucune raison incitative à l'acquérir ou même simplement le lire.

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