Boris Champy (Clos des Lambrays) : "Le plus grand est toujours devant nous !"

Boris Champy s’apprête à vivre ses premières vinifications au Clos des Lambrays. Il prend ainsi ses marques dans l’un des fleurons de la Bourgogne (8,66 hectares) acquis en 2014 par LVMH, groupe leader dans le monde du luxe. Il nous livre ses premières impressions.

Après Dominus (Napa Valley), le domaine Louis Latour, une nouvelle étape s’ouvre pour vous avec le Clos des Lambrays. Qu’est-ce qui vous a incité à relever ce nouveau challenge ?

J’étais déjà très heureux de m’occuper de grands terroirs chez Latour (ndlr : 48 hectares dont 27 en grands crus). L’échelle d’un domaine comme le Clos des Lambrays permet s’occuper de tout pour viser la perfection. Cela me plait beaucoup.

 

Quel est l’objectif d’un grand groupe comme LVMH avec ce grand cru bourguignon ?

Cela faisait longtemps que LVMH cherchait un domaine en Bourgogne. Quand je suis arrivé au siège à Paris, j’ai réalisé que c’était le domaine du groupe avec la plus longue existence parmi toutes les marques, il a été fondé en 1365. Le but de LVMH  est de toucher à l’excellence.

 

Chose assez exceptionnelle, Bernard Arnault, PDG, a tenu à vous rencontrer. Que vous a-t-il dit ?

Son but c’est de faire très, très, bon. Le groupe était très content d’avoir gardé Thierry Brouin (ndlr : régisseur depuis 1980) car il incarne le domaine depuis longtemps. L’objectif est de continuer de développer l’image du domaine. Ils veulent que le Clos des Lambrays soit reconnu comme un des meilleurs domaines de Bourgogne. Et ce n’est pas exclusivement une question de prix.

 

Justement quels seront les signes que cela est le cas. Les notes des critiques, les prix, les cours des enchères, etc. ?

Une combinaison de tout cela. Il est aussi évident que le fait de voyager pour représenter le Clos des Lambrays à l’international fait partie de mes attributions pour assurer cette reconnaissance. Le Clos de Tart (Ndlr : Clos monopole voisin) a aujourd’hui une image un peu plus développée par exemple.

 

Vous avez dégusté les derniers millésimes du Clos des Lambrays. Quels enseignements en tirez-vous ?

On a une belle série de millésimes avec 2013, 14, 15, 16. Il va falloir que l’on continue. C’est un point que j’ai retenu de la Napa Valley : il y a eu de grands millésimes par le passé mais le plus grand est toujours devant nous. J’aime partir avec cet état d’esprit. Il faut chaque année travailler très fort.

 

Beaucoup de grands domaines bourguignons sont aujourd’hui en bio, en biodynamie. Est-ce des approches qui vous intéressent ?

J’aime bien-sûr qu’une viticulture soit écologique : pratiquer le travail du sol plutôt que d’employer des désherbants, éviter les tassements, etc... Je trouve aussi que s’enfermer dans une technique trop restrictive peut être négatif.

 

Le bio ne fait pas partie de vos priorités donc…

Pas la certification. Lors du millésime 2016, un viticulteur bio peut avoir traité 15 ou 16 fois. A-t-il fait mieux qu’un viticulteur ultra raisonné qui a traité seulement 10 fois. Qui aura moins tassé ses sols ? Le plus important dans la bio, ou la biodynamie, c’est l’attention que l’on porte au vignoble. Une vigne dont le feuillage est détruit par le mildiou, qu’elle soit en biodynamie ou en conventionnelle, sera plus faible l’année suivante. Il faut une viticulture écologique mais ne pas oublier la base de l’agronomie. Un arbre qui souffre plusieurs années va arrêter sa croissance, ne plus fructifier. Je prête de l’attention à avoir un milieu qui vit : avec des replantations d’arbre, la mise en place d’abris pour les oiseaux, de ruches, comme nous l’avons fait à Corton. Cela me va mieux que dire qu'il faut telle ou telle préparation pour la plante, que la vigne a besoin de ci, de cela. J’ai un peu de mal avec l’approche biodynamique.

 

LVMH vous a donné carte blanche dans vos choix ?

La particularité de LVMH est de disposer de très grands domaines (Ndlr : Château Cheval Blanc ou d’Yquem) et maisons comme Moët et Chandon, Veuve Cliquot, Ruinart, Krug, etc. Ils sont restés des entités à part entières. La Bourgogne fait aussi un peu peur. Je ne le dis pas seulement pour LMVH. En 2012 nous avons reçu l’association des œnologues de Champagne ou encore le chef de culture du Château Cos d’Estournel chez Louis Latour. Quand on explique que les différents Climats de Corton (Clos du Roi, Les Bressandes, etc.) sont vinifiés séparément ils se disent : « Ils sont sur une autre planète ! ». Notre viticulture est très compliquée. Le climat n’est pas simple. On fait du blanc et aussi du rouge.  Ce que l’amateur de Bourgogne trouve extraordinaire fait peur a beaucoup de vignerons en France.

 

Quand on vous a dit « Carte blanche » il faut traduire : «  Nous on ne comprend pas trop, débrouillez vous… » !?

Non, je ne pense pas… Ils étaient très contents que cela se passe comme cela avec Thierry Brouin et LVMH veut que cela continue.

 

Quelles sont les caractéristiques du Clos des Lambrays par rapport à la Romanée Saint-Vivant ou au Chevalier Montrachet de Latour, pour évoquer des terroirs que vous connaissez bien ?  

Il y a déjà une différence de vinification puisque le Clos des Lambrays est vinifié en grande partie en vendanges entières (Nldr : la tige de la grappe n’est pas retirée avant la mise en cuve). Cela apporte une petite note épicée et il faut faire attention de ne pas aller chercher trop les tannins. Sur les Corton avec des climats aux tannins assez puissants, les Corton Perrières par exemple, on peut avoir des vins trop fermes avec la vendange entière. Le Clos des Lambrays est un terroir fin et j’aime sa finesse. Je trouve que la grappe entière lui va bien. Sur les derniers millésimes la proposition utilisée se situe entre 70 et 100%.

 

Comment définissez-vous ce vin ?

C’est davantage un vin en longueur que sur la rondeur ou la puissance. Ce qui m’intéressera beaucoup c’est les différences entre le haut le bas du Clos. C’est l’une des clés. C’est un clos, un seul vin, mais à l’intérieur il y a des différences. C’est l’assemblage de ces différences qui donne encore plus de complexité au vin.  

 


Bio express

Issu d’une famille de vignerons champenois, Boris Champy (42 ans) a passé l’essentiel de sa carrière chez Dominus Estate, propriété californienne du bordelais Christian Moueix (de 1997 à 2007). Il a rejoint la maison Louis Latour en 2008 comme directeur des domaines. Œnologue (DNO à Bordeaux en 1996), il confirme là son enracinement dans les plus beaux terroirs bourguignons.


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