Les Saint-Georges grand cru ? Dix ans après…

En 2007, Thibault Liger-Belair et les co-exploitants des Saint-Georges faisaient de la reconnaissance en grand cru de ce Climat leur cheval de bataille. Dix ans plus tard l'emblématique cru de Nuits-Saint-Georges n'a toujours pas changé de statut. Revenir sur l'histoire n'est pas une mince affaire en Bourgogne...

Thibault Liger-Belair ambassadeur persévérant et plus important producteur de Saint-Georges. (LG)
Thibault Liger-Belair ambassadeur persévérant et plus important producteur de Saint-Georges. (LG)

« Nous nous étions réunis dans le presbytère de Nuits-Saint-Georges, c’est là que l’on s’est décidé à l’unanimité de constituer une demande de grand cru pour les Saint-Georges », se souvient Thibault Liger-Belair. Depuis 2007 le dossier a pris de la consistance (200 pages d’études géologiques, historiques, économiques) mais les réticences restent fortes.

 

Bousculer la hiérarchie n’est pas à l’ordre du jour dans beaucoup d’esprits bourguignons. La crainte d’envoyer le feu vert à certains (Pommard à aussi déposé un dossier concernant les Rugiens et les Epenots) signifie ouvrir la boite de Pandore. « Nous pourrions nous retrouver avec un dossier par an », estime Damien Gachot, viticulteur à Corgoloin et habitué des instances de l’Institut des appellations d’origines contrôlées (INAO).

 

Les conditions demandées par l’INAO pour aboutir portent davantage aujourd’hui sur la forme que sur le fond. Mais celles-ci sont suffisamment restrictives pour bloquer le processus. Parmi elles une valorisation deux fois supérieure aux autres premiers crus de Nuits sur le marché. Et surtout une procédure exigeant qu’un quorum élévé (90%) de producteurs de l’appellation de Nuits soient réunis en même temps et bien-sûr que tout ce monde vote à une large majorité (deux tiers) la promotion du climat.

 

Pourra-t-on remettre à plat le découpage des grands crus à l'avenir ? Les Saint-Georges font figurent de test. Car l’argument consistant à s’alarmer du galvaudage du sommet de la hiérarchie bourguignonne ne tient pas. Avec 7,52 hectares (et 13 propriétaires) le classement de ce climat verrait la superficie de grands crus rester aux environ de 2% du vignoble bourguignon.

 En attendant, Thibault Liger-Belair et d’autres avec lui, sont bien décidé à réparer ce qu’ils considèrent comme un oubli de l’histoire. L’occasion de gouter ou de re-gouter ses derniers millésimes de Saint-Georges.

 

Nuits-Saint-Georges premier cru Les Saint-Georges 2016 – 17 sur 20 (dégusté sur fût)
L’expression « bonne surprise » est parfois galvaudée à force d’être convoquée dès lors qu’il s’agit d’évoquer les millésimes dit « intermédiaires », nés dans la douleur. 2016 à encaissé bien des coups mais au fur et à mesure de nos dégustations il apparait nettement que cette année est à classer dans la catégorie au-dessus : celle des bons ou très bons millésimes. Charnu, gourmand et d’une belle intensité aromatique, ce Saint-Georges a le profil du grand vin. Celui qui ne déçoit jamais : bon jeune, le plaisir est déjà là, et bon en vieillissant. C’est en tout cas le pari que nous prenons.  

Nuits-Saint-Georges premier cru Les Saint-Georges 2015  - 15,5 sur 20
Thibault Liger-Belair s’inscrit dans la mouvance de ces producteurs qui utilisent de manière raisonnée la vendange entière. Le millésime 2015 a été une année particulièrement faste pour ce type d’approche. La moitié des grappes a ainsi été encuvée sans éraflage pour cette cuvée. La technique n’a pas pris le pas sur le terroir et l’on retrouve un Saint-Georges complexe, sur une dominante épicée, avec une belle finale sur la réglisse et les fruits noirs. En vin encore en devenir.

   
Nuits-Saint-Georges premier cru Les Saint-Georges 2012  - 18,5 sur 20
« Les Saint-Georges c’est un vin d’abord large en bouche puis qui va en s’étirant », exposait Thibault Liger-Belair en préalable de cette dégustation. C’est ce millésime 2012, très peu productif pour cause de floraison difficile, qui illustre le mieux cette remarque. La robe est très jeune et ne trahit en rien les déjà 5 années au compteur. La texture  en bouche montre une superbe densité mais une finesse tannique qui donne à l’ensemble un délicieux touché velouté. La finale est très persistante. Grande réussite.


Nuits-Saint-Georges premier cru Les Saint-Georges 2011 – 15 sur 20
C’est peut-être dans ce type de millésime, flatteur mais d’une consistance moyenne, que toutes les qualités d’un tel terroir se mettent en évidence. Charmeur le vin l’est incontestablement avec son aromatique à dominante de cerise, il ne manque pas pour autant de caractère (les tannins sont solides) ni de longueur. A ouvrir, pourquoi pas, lors d’un prochain repas festif. 


Nuits-Saint-Georges premier cru Les Saint-Georges 2010 – 15,5 sur 20
Un millésime qui suscite beaucoup d’attente tant son homogénéité est remarquable. Attente pas tout à fait comblée sur le plan complexité : malgré ses plus de 5 années de vieillissement en bouteille, cette cuvée parait encore sur la réserve, entre deux eaux. Le fruit primaire est encore là : il s’exprime avec précision sur des notes de groseille et de petits fruits rouges en général. La largeur de sa palette laisse davantage sur sa faim. La bouche est dense et fraiche. Un vin à aérer avant le service ou à attendre.

 

> Site du domaine Thibault Liger-Belair


Terroir : Une prédominance de l’argile

 Exposé plein est, à mi-coteau, Les Saint-Georges est un terroir de 7,52 hectares situé dans la partie sud de l’appellation. La pente est moyenne (10% environ) pour une altitude aux alentours de 250 mètres. Comme beaucoup de Climats de Bourgogne, grands crus compris, ses caractéristiques géo-pédologique sont loin d’être homogène. Les études de sols ont toutefois mis en évidence la présence d’argiles épaisses et  de cailloux ou graviers. Cette richesse du sol expliquerait la puissance des Saint-Georges. Une belle présence tannique en bouche qui leur assure une capacité de vieillissement hors du commun. Les vins se distinguent aussi par un caractère souvent épicé au nez. La  constance de ce terroir à donner de grands vins quelques soient les conditions du millésime est surtout à souligner. Qualité indispensable pour faire partie des grands.


Carte du vignoble de Nuits-Saint-Georges en Côte de Nuits. © S.Pitiot et JC Servant. "Les Vins de Bourgogne".
Carte du vignoble de Nuits-Saint-Georges en Côte de Nuits. © S.Pitiot et JC Servant. "Les Vins de Bourgogne".

> Les cartes des vignobles de Bourgogne sont issues des ouvrages de la collection Pierre Poupon : www.collection-pierrepoupon.com

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Commentaires : 1
  • #1

    Jacquey Martial (mercredi, 23 août 2017 14:27)

    Bonne idée les Saint-Geoges en grand Cru comme quelques autres (Amoureuses, Vougeot Clos de La Perriere, Cros Parentoux...) mais, à mon avis le premier à y passer devrait être le Clos des Perrieres à Meursault!
    Bien amicalement

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