Louis Jadot-Château des Jacques : du vent dans les voiles

Il y a 20 ans la Maison Louis Jadot prenait en main les destinées du Château des Jacques (Romanèche-Thorins), l’un des joyaux de l’appellation Moulin à Vent et plus largement des crus du Beaujolais. Retour sur une greffe réussie.

Le moulin à vent trône au sein du cru du même nom. LG.
Le moulin à vent trône au sein du cru du même nom. LG.

Bourgogne-Beaujolais. Deux vignobles aux destins bien différents ces dernières années. Quand le premier jouit d’un pouvoir d’attraction rarement atteint au cours de son histoire, le deuxième n’a cessé de pâtir d’une désaffection persistante des amateurs ces 20 dernières années. Vingt ans, c’est précisément la durée qui nous sépare de la reprise du Château des Jacques par l’une des maisons historiques de Beaune, Louis Jadot.   
Dans la famille Gagey, le Beaujolais a toujours été considéré comme une entité de la « Grande Bourgogne ». « Toutes les semaines, à table, nous buvions notre bouteille de beaujolais-village. Cela faisait partie de la tradition familiale », se souvient Pierre-Henry Gagey, le Pdg de la maison Jadot. Le cépage n’est pas le même ? Rien d’irrémédiable !  « Le gamay est un fils du pinot noir, il fait partie de l’histoire de la Bourgogne. Ils ont un lien ancestral, seulement le gamay s’épanouit mieux sur les sols du Beaujolais », poursuit-il. Ce rapprochement Bourgogne-Beaujolais reste cependant circonscrit. « Nous n’avons jamais souscrit à la mode du beaujolais nouveau… » tient à préciser Pierre-Henry Gagey.
Lorsqu’en 1996, la maison met la main sur l’un des joyaux de la région, le Château des Jacques (Romanèche-Thorins), cette reprise s’inscrit comme un développement logique. D’autant que nous sommes ici au cœur de la plus bourguignonne des appellations du Beaujolais. « J’ai appris que le Château des Jacques était à vendre, je l’ai visité. En une journée ma décision de l’acheter était prise ». Il comprend qu’une partie du cœur historique de l’appellation bat ici : la famille Thorins était alors à la tête du Château, dans le village de Romanèche-Thorins et avec le terroir des Thorins dans le domaine.
« A Moulin à Vent, il y a une centaine d’hectares, une croupe, avec des terroirs magiques. Le Château en possède presque la moitié ». Et Pierre-Henry Gagey de réciter d’une seule traite les noms de ces climats : Les Carquelins, Rochegrès, Les Vérillats, La Rochelle, La Cave, Champ de cour, La Roche, etc.
En fait, Jadot n’a pas eu à mener de révolution. L’égrappage - plutôt que la macération carbonique beaujolais - et les élevages en fût avaient déjà cours au domaine. Des vins dotés d’une capacité de vieillissement de 10 ou 15 ans, aptes à tailler en brèche toutes les idées reçues sur les crus du Beaujolais et sur le gamay par la même occasion.
L’inclinaison bourguignonne à mettre en avant les terroirs a été toutefois largement renforcée. Là où certains climats (Clos des Grands Carquelins et Clos de Rochegrès) faisaient de temps à autre l’objet d’un traitement différencié (selon les millésimes) dans la gamme du Château, Jadot a opté pour leur séparation systématique. Mieux,  le Château en identifie 6 aujourd’hui (Champ de Cour, La Roche, La Rochelle, Clos des Thorins et les deux précédemment cités). Le Château des Jacques est aussi présent sur Morgon, Fleurie et Chénas, en appellation Beaujolais et Bourgogne.

Une approche en biodynamie a été mise en place par Guillaume de Castelnau, à la tête du Château jusqu’à l’année dernière, dès le début des années 2000. Autre élément notable : l’important travail de « mise à jour » de la conduite du vignoble.  Les fameux ceps taillés en gobelet sont aujourd’hui pour environ les trois quarts palissés, permettant de tenir vignes et raisins dans un état sanitaire plus adéquat avec la recherche d’une qualité et d’une maturité optimales.
L’année prochaine, la cuverie sera entièrement rénovée pour regrouper les sites de vinification et disposer d’un ensemble plus fonctionnel.
Cyril Chirouze, 33 ans, a pris la suite de Guillaume de Castelnau. Il aura donc la main sur ce nouvel outil tout en poursuivant le travail entamé au vignoble. Il a le mérite de déjà bien connaitre les lieux : ingénieur agronome (Montpellier) et œnologue (Dijon), il avait été responsable vinicole de 2007 à juillet 2013 au Château.


All About Burgundy a dégusté quelques cuvées, des millésimes 1997 à 2006, témoignant du travail réalisé au Château.

 

 

Moulin à Vent Clos des Thorins 1997 – 16,5 sur 20
Belle robe profonde, peu évoluée pour son âge et présentant un léger trouble. L’aromatique se montre expressive, sur des notes de cuir, de cerise, de pruneau, avec une bonne tenue dans le temps. Une texture gourmande, suave vient emplir le palais. La finale épicée et chocolatée en fait un vin définitivement plaisant et d’une longévité surprenante. A boire. 

Moulin à Vent 1999 – 16 sur 20
La robe est brillante, un peu moins soutenue que le 1997, mais d’une belle jeunesse. Le premier nez s’ouvre sur des notes épicées et légèrement boisées. Une aromatique qui évolue tranquillement vers le sous-bois, le champignon en particulier. La bouche se distingue par sa longueur, son énergie. Une trame fraiche vient soutenir des tannins mûrs. Un vin très digeste. A boire ou à garder.
 
Moulin à Vent 2003 – 15 sur 20
La robe est très profonde, confirmant la grande concentration et maturité de ce millésime qui a affolé les thermomètres. Une puissance potentielle confirmée au nez : la cerise confite, la gelée de cassis, la figue, sont de la partie. En bouche des tannins profonds et fondus équilibrent bien l’alcool. Une finale très réglissée conclut la dégustation. A boire.

Moulin à vent Clos du Grand Carquelin 2005 – 17,5 sur 20
La robe présente des reflets légèrement orangés. Les notes aromatiques épicées du premier nez  (poivre, vanille) évoluent vers la cerise confite, puis le sous-bois. La bouche se distingue par son élégance et le soyeux de ses  tannins.  L’attaque est assez charnue et une belle touche de fraicheur finale lui assure de la persistance. A boire ou à garder encore 4 ou 5 ans.

Morgon Côte du Py 2006 – 16,5 sur 20
Morgon est réputé pour être l’un des crus du Beaujolais les plus solides. Loin d’imposer sa puissance ici, cette cuvée emporte l’adhésion par son caractère floral et harmonieux. Un raffinement aromatique qui se marie parfaitement avec la texture finement ciselée qui vient flatter le palais. Un vin délicat mais qui évolue tout doucement. A boire ou à garder encore  5 ou 6 ans.

 

> Le site internet du Château des Jacques ici.

 

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