Le bio en échec ?

Des attaques de mildiou sans précédent ont conduit des vignerons bio à avoir recours à des traitements chimiques pour sauver les meubles. Les acteurs de la viticulture bio s’interrogent sur les conséquences de ce millésime 2016 décidément impitoyable.

Une grappe atteinte par le mildiou à Givry. LG
Une grappe atteinte par le mildiou à Givry. LG

 Laurent Fournier est viticulteur bio (Domaine Jean Fournier à Marsannay), certifié par un organisme de contrôle, depuis 2008. Ces dernières semaines, la mort dans l’âme, il a du procéder à deux traitements chimiques sur certaines de ses parcelles pour tenter de sauver ce qui pouvait l’être. « Un vendredi j’ai vu des tâches de mildiou sur les feuilles, le dimanche la maladie était déjà sur les grappes. C’était fulgurant ! Le lundi j’ai décidé de passer en urgence un traitement conventionnel », explique-t-il.
Il en a informé l’organisme certificateur et perdra donc sa certification bio sur les parcelles traitées.

Le cas de Laurent Fournier n’est pas isolé. Car le millésime 2016 est décidément une année où il ne fait pas bon être viticulteur. Comme si les 7 plaies d’Égypte frappaient, les uns après les autres, la vigne. Après le gel, la grêle, c’est donc le mildiou qui s’est installé, avec une virulence inédite, dans de nombreux vignobles.
Un effet domino. « Le gel du printemps a induit des perturbations physiologiques pour les vignes qui ont favorisé l’apparition des maladies », analyse Agnès Boisson, responsable de la filière viticulture à Biobourgogne (organisme qui accompagne les producteurs bio de la région). Face aux attaques du mildiou, une maladie cryptogamique, certaines vignes ont « décrochées » comme on désigne dans le jargon pour les parcelles où la récolte est clairement en danger.
En première ligne de ce fléau : la viticulture biologique. Cette approche de la culture s’interdit l’utilisation de produit chimique et donc de moyen curatif. A Chablis et en Côte de Nuits, le mildiou a été plus particulièrement destructeur. Le phénomène impacte aussi bien les vignes en bio que celles traitées en conventionnel mais c’est la première fois qu’un nombre conséquent de viticulteurs bio sont amenés à mettre leur principe de côté pour faire face. La filière ne s’en cache pas.
« Les millésimes 2012 et 2013 avaient déjà été compliqué mais il y avait un bon potentiel de récolte au départ. Les constats d’échec existaient mais personne ne s’était posé la question d’avoir recours à une ou deux cartouches en traitement conventionnel. Cette année la récolte était déjà largement entamée dès le début de la saison. Certains ne pouvaient perdre davantage. Ça été leur choix, c’est forcément le bon ».
En additionnant gel, floraison difficile et mildiou, Laurent Fournier estime qu’il fera tout juste un tiers de récolte cette année. Si le ciel veut bien rester clément jusqu’au bout…

 

Le bio est-il trop restrictif ?


Pas question pour autant de remettre en cause les fondements de la viticulture bio chez lui. « Je reste tout à fait convaincu par la bio. Je reprendrai cette culture l’année prochaine sur les parcelles concernées (ndlr : il faut toutefois 3 années de conversion pour retrouver la certification officielle). Ce qui compte ce n’est pas d’avoir le logo sur l’étiquette mais de respecter l’environnement. Il est hors de question de revenir aux désherbants chimiques par exemple », martèle Laurent Fournier. Celui-ci insiste sur le fait que la chimie n’est pas la panacée, loin s’en faut : « Les maladies ont développé des résistances aux produits. »
Il reste toutefois un débat qui risque d’agiter la filière avec davantage d'intensité ces prochains mois. Le bio est-il trop restrictif ? « On est sans doute trop jusqu’au-boutiste, extrémiste, pour obtenir la certification. Je me demande si finalement on ne souhaite pas qu’elle soit réservée qu’à une petite frange de producteurs », déplore Laurent Fournier.
« La certification répond à un cahier des charges européen. Je me mets à la place du consommateur. Si les choses ne sont pas cadrées c’est la porte ouverte à toutes les dérives, répond Agnès Boisson. Nous sommes sur le fil du rasoir c'est vrai. Mais être certifié bio ce n’est pas avoir la corde au cou. Il est possible d’arrêter quand on le souhaite ».

 

Il sera temps de faire un bilan approfondi de l’année une fois les raisins rentrés dans les caves. De constater si l’essor de la viticulture bio en Bourgogne subit le contrecoup de ce mémorable millésime 2016, mais aussi de tirer des enseignements précieux pour la suite.

Écrire commentaire

Commentaires : 9
  • #1

    Pierre (lundi, 08 août 2016 16:32)

    Quelle déception ! J'image que c'est la mort dans l'âme que ces vignerons bio ont du pratiquer de telles solutions. Pour moi, le bio n'est pas trop radical, il existe des traitements naturels, pour les vignes je ne sais pas, mais pour les légumes, arbres fruitiers qui marchent. Mais bon je reste vin de bourgogne bio quoi qu'il arrive ahahahha !

  • #2

    Rocher benoit (mercredi, 17 août 2016 20:06)

    Un traitement préventif a demidose de sulfate de cuivre et souffre mouillable au stade 2/3 feuilles a 4 h00 du matin sans un souffle de vent et surtout pas avec les panneaux Récupérateurs mais avec les souffleurs du pulvérisateur ont permis de déposer le produit sur le sol ou le mildiou était présent mais pas visible. Je pense avoir éradiquer la contamination des le départ. Au final j'ai fais 8 traitements dont 4 à demi dose à ce jour et pas l'ombre d'une attaque de mildiou ni d'oidium au cœur d'une région qui à souffert comme d'autres ( l'Anjou). Je suis en 2 eme année de conversion bio et tous les voyants sont au vert. Ne mettez pas tout le monde dans le même panier. Merci

  • #3

    Laurent Gotti (mercredi, 17 août 2016 21:30)

    @Rocher benoit Merci pour votre partage d'expérience. Il n'y a pas de "panier" qui tienne mais des questions légitimes qui se posent. Il est souhaitable pour tout le monde, vigneron, riverains et consommateurs que des enseignements soient tirés pour la pérennité et le développement de la filière bio en Bourgogne et ailleurs.

  • #4

    Ch PERRIN (jeudi, 18 août 2016 18:09)

    Monsieur ROCHER,
    Nous sommes en culture (et en vinification) bio à Ladoix Serrigny en Côte d'Or depuis 2003 et des problèmes nous en avons eus beaucoup. Nos voyants ont été plus souvent à l'orange qu'au vert. En Bourgogne comme certainement chez vous, d'un village à l'autre le climat ou plutôt le micro climat change radicalement. Pour nous l'année 2012 a été, pour ne parler que du mildiou, l'année du siécle avec trois attaques par semaine. Nous avons perdu la moitié de la récolte sur certaines parcelles malgré les difficultés rencontrées nous avons continué le bio. C'est à chacun de prendre une décision, bonne ou mauvaise mais nous reparlerons de cela dans une dizaine d'années.

  • #5

    Vinifera-Mundi (vendredi, 19 août 2016 14:41)

    Cher Monsieur Perrin

    Je ne peux que corroborer vos propos. Grâce au prestigieux Château pauillacais Pontet-Canet.
    Alors que les Tesseron entreprenaient de gros efforts dès 2004 pour passer en bio, les aléas du millésime 2007 les a poussé à ignorer les recommandations de leur oenologue. Le temps les aurait contraint à passer à la chimie afin de préserver les raisins. Ainsi une partie non négligeable du domaine de 81ha a été traitée. Trois ans plus tard tant Alfred que Gérad Tesseron reconnaissaient avoir commis là une sacrée imbécilité. La chimie n'a strictement rien apportée.

    Après les stressés croiront ce qu'ils veulent. Pour ma part, je suis de votre côté.

    Bien cordialement

  • #6

    Jean-François Vaillant (vendredi, 19 août 2016 19:31)

    Cher Benoit,

    Je suis impressionné par le résultat que tu as obtenu en cette année extrêmement virulente avec le mildiou comme jamais j'en avais connu depuis bientôt 40 ans de métier ( j'englobe ma période d'apprentissage)
    En bio depuis 2006 et en Biodynamie depuis 2008, je croyais qu'en ayant traversé des années difficiles(2007-2008) être armé face à cette maladie, hélas malgré l'association d'extraits de plantes à la bouillie de traitement ainsi que 2 applications de silice, nous avons à déplorer des dégâts plus au moins importants selon les parcelles et les cépages, le cabernet franc étant le plus touché notamment les différents clones contrairement aux vielles vignes et aux plus récentes plantations de sélection massale qui présentent beaucoup moins symptômes ( avec l'ATV chambre agri, nous ferons très prochainement des relevés sur les attaques sur clone en comparaison avec les massales)
    Je serais assez intéressé pour visiter tes vignes et qu'ainsi tu m'explique ta façon de travailler car, avant ton témoignage, je n'avais pas connaissance de vignerons bio ou conventionnelle ne se plaignant pas d'avoir d'attaques de mildiou, tout au moins sur feuille.
    À bientôt
    Jean-François Vaillant

  • #7

    Paul van Dievoet (vendredi, 19 août 2016 19:38)

    Sans être braqué sur le bio à tout prix, je pense comme tous les gens normaux que moins on utilisera de produits chimiques mieux on se portera.
    Et si les producteurs de "chimie" avaient la bonne idée de se convertir eux-mêmes au bio ??

  • #8

    RICHOU DAMIEN (vendredi, 19 août 2016 23:08)

    L'année 2016 va rester dans les mémoires des vignerons bio ou conventionnel, la réussite d'une bonne protection contre le mildiou ou oidium c'est la rigueur .j'ai peu de dégât sur grappes et un peu plus sur feuilles sans consequence pour la recolte . La lutte bio fonctionne avec de la rigueur et un équilibre dans la vigne .citation :pour faire un grand vin il faut un Fou pour faire pousser la vigne ,un sage pour la surveiller ,un poète lucide pour faire le vin et un amoureux pour le boire Salvador Dali

  • #9

    corentin chavy (samedi, 20 août 2016 09:28)

    Bonjour
    Moi même producteur a Puligny-Montrachet je ne suis en culture conventionnel, cette année a été très dur pour nous aussi encore plus pour les bio certes mais je ne pense pas que tous le monde puissent prendre place dans le bio les marchés étrangers ne pourrait pas absorber que du vin bio parce que tous le monde ne veux pas boire absolument du vin bio. Mr Paul van dievoet les produits bio vous dites qu'ils sont moins dangereux que les produits chimiques certes je veux bien le comprendre mais est ce que les produits bio on peut les boires ? moi je ne le ferais pas quand même donc c'est que d'un coté c'est quand même dangereux pour l'homme. Si une personne veux passer en bio il ne faut pas se dire du jour au lendemain je vais passer en bio comme sa sur un coup de tète sa se prépare longtemps a l'avance et il a des enjeux économiques énorme , moins de récolte, des produits moins efficace face au maladies... Moi même j'utilise le plus possible de produits bio même si je suis en conventionne pour une meilleur santé.

Partagez sur :

La Bourgogne vue de l'intérieur !

All About Burgundy est le premier média digital d'information consacré exclusivement aux vins de Bourgogne. Animé par Laurent Gotti, journaliste et dégustateur professionnel, il vous emmène au cœur des vins de Bourgogne.
Suivez nos actualités sur les réseaux sociaux et/ou inscrivez-vous à notre lettre d'information (en bas de la page d’accueil). A très bientôt !

 

All About Burgundy est aussi partenaire de la Collection Pierre Poupon : livres, cartes et atlas. Des ouvrages de référence sur la Bourgogne depuis 1952 ! Lien ici. Et des ateliers de dégustation à domicile A Portée de Vins. Voir ici.

 

Reproduction interdite sans autorisation.

All about Burgundy |  328 route de Longvay  | Hameau de Gigny | 21200 Beaune

laurent.gotti@allaboutburgundy.fr

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. Dégustez, appréciez avec modération.