Dégustation : Domaine Méo-Camuzet 2014

A Vosne-Romanée, le domaine Méo-Camuzet met en valeur quelques-uns des terroirs les plus emblématiques de la Côte de Nuits. Cros Parantoux et Richebourg en tête. All about Burgundy fait un tour d’horizon des cuvées du millésime 2014.

Mené par Jean-Nicolas Méo depuis 1989, le domaine Méo-Camuzet reste fidèle à ses classiques (égrappage total, pas de filtration ni de collage). Le millésime 2014 ne fait pas exception, mis à part quelques essais… (voir l’encadré ci-dessous). Meo-Camuzet  exploite une quinzaine d’hectares essentiellement sur la Côte de Nuits. Le Clos Vougeot fait figure de tête d’affiche, le domaine en est le deuxième producteur en superficie. Et bien-sûr une magnifique gamme de terroirs sur Vosne-Romanée (Cros Parantoux, Aux Brûlées, Richebourg). 
Depuis 1999, le domaine développe une activité de « négociant récoltant » en procédant à des achats de raisins. Les vins sont étiquetés « Méo Camuzet Frères et sœurs ».
Marqué par une année à nouveau chaotique sur le plan météorologique, le millésime 2014 n’a pas défrayé la chronique à sa naissance. La maturation des raisins a été poussive en fin de cycle et la présence de drosophiles asiatiques a suscité des inquiétudes. La Côte de Nuits a été relativement épargnée par les accidents (grêle notamment). Avec une pluviométrie inférieure à la moyenne, une insolation et des températures assez généreuses, ce millésime propose assez logiquement de belles cuvées. Elles sont expressives et pures sur le plan aromatique, plutôt flatteuses et équilibrées en bouche.

Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits Clos Saint-Philibert blanc – 16,5
Le nez se présente sur des arômes purs et frais évoquant le citron et les fruits secs. La bouche confirme cette sensation de vivacité. Un vin droit, un profil « classique », explique Jean-Nicolas Méo. Ce terroir de 3,5 hectares est planté de vignes de chardonnay âgées de 25 ans.


Meursault village – 15,5 sur 20
Une cuvée issue d’achat de raisins sur des parcelles de vignes âgées. Assez discret sur le plan aromatique, il laisse percevoir une belle enveloppe en bouche. Une pointe d’austérité minérale se fait sentir en finale.


Marsannay – 14 sur 20
Trois parcelles sont mises à contribution pour constituer cette cuvée issue d’achats de raisins. Le vin est sur la réserve à ce stade. Il évoque quelques notes de fruits noirs à maturité mais les tannins sont un peu fermes. A suivre.

Fixin – 16,5 sur 20
Des vignes que le domaine suit en négoce depuis 2002. Ce vin est charmeur dès le premier nez sur des arômes épicés et floraux. La matière est profonde, solide, tout en se montrant avenante. Un vin flatteur mais pas frivole pour autant.


Vosne-Romanée – 14,5 sur 20
Ce vosne village situé sur le terroir Les Barreaux (en haut de coteau et au nord de la commune), est issu de deux parcelles pour un total de 1,4 hectares. Une superficie conséquente qui permet au domaine de faire quelques expérimentations (voir encadré). Cette cuvée, 100% égrappée, s’exprime plus difficilement. Sa structure est serrée et au nez le vin exhale de discrètes notes de cerise. Une phase un peu compliquée.


Nuits-Saint-Georges premier cru Aux Murgers – 17 sur 20
Un vin particulièrement suave dès les premières notes aromatiques. Le nez évoque la cerise juteuse. La bouche se montre ample et profonde dès l’attaque. Les tannins sont souples et gourmands. Une petite pointe de fermeté finale rappelle que nous sommes bien en présence d’un vin de garde.


Nuits-Saint-Georges premier cru Aux Boudots – 17,5 sur 20
Ce secteur nord de Nuits-Saint-Georges réussit décidément particulièrement au domaine Méo-Camuzet. Issu de vignes plantées dans les années 1950 et 1960, qui donnent de petits raisins concentrés, le vin montre beaucoup de classe. Des arômes floraux s’expriment au nez. En bouche, des tannins veloutés tapissent le palais.


Vosne-Romanée premier cru  Les Chaumes – 15 sur 20
Plus réservé et plus carré aussi que les deux nuits précédents,  cette cuvée présente un profil un peu revêche à ce stade. Ce n’est pourtant pas la caractéristique rencontrée généralement sur ce terroir, réputé pour donner des vins charmeurs et typés du village. A confirmer.


Clos Vougeot – 16 sur 20
Le domaine est le deuxième plus important propriétaire de la vigne emblématique des moines de Cîteaux (un peu plus de 3 hectares). Les vignes situées au pied du Château disposent de peu de terre (40 cm) et les racines sont rapidement en contact avec le calcaire. C’est logiquement la finesse qui s’exprime particulièrement dans ce grand cru. Ce 2014 s’inscrit parfaitement dans cette lignée avec une longueur moyenne (voir encadré également).

Corton Perrières – 17,5 sur 20
Le secteur de Corton est l’unique en grand cru rouge de la côte de Beaune. Ce Perrières fait mieux que se défendre. Exposé plein sud et vendangé tardivement, il donne en 2014 un vin d’une grande précision. En bouche la trame tannique est à la fois dense et fine. Le nez évoque des touches florales.


Vosne-Romanée premier cru Aux Brûlées – 17 sur 20
Grand seigneur, proche parent du Richebourg, planté de vignes de plus de 80 ans, ce terroir ne manque pas d’atouts. Des profondes notes de fruits noirs montent au nez, s’y ajoutent quelques touches épicées. La bouche est imposante, dense et très harmonieuse en même temps. « C’était les raisins les plus mûrs de ce secteur (Richebourg, Cros Parantoux) », note Jean-Nicolas Méo.


Vosne-Romanée Cros Parantoux – 16 sur 20
Mythique premier cru de Vosne s’il en est… « Le millésime change de nature avec ce vin », constate Jean-Nicolas Méo. Nous sommes évidemment plus dans le caractère flatteur, expressif et souple que l’on rencontre le plus souvent en 2014. Ici, le vin fait valoir une belle vivacité, des tannins sérieux et la minéralité propre à ce terroir où le caillou est très présent.


Richebourg – 15,5 sur 20
Cette parcelle et ses vignes d’environ 75 ans produisent « un exemple type de pinot fin », selon le domaine. Ce qui est sûr, c’est qu’il enchante le nez par ses notes de myrtille, de mûre, de cassis. La bouche est d’une remarquable densité, bâtie sur des tannins fins et serrés. Il reste assez peu démonstratif à ce stade de l’élevage. Rien que de très normal pour un grand cru doté d’une faculté à vieillir d’une vingtaine d’années au moins…


Expérimentation : De la vendange entière au « sans soufre »

Héritier direct d’Henri Jayer (il fût le métayer du domaine pendant 50 ans), le domaine Méo-Camuzet n’est pas enclin à révolutionner ses approches de vinification. En 2014, il a toutefois procédé à deux essais. L’un concernant l’emploi de vendange entière (raisin sans éraflage) et l’autre sur le « sans soufre ». Deux sujets particulièrement en vogue dans le vignoble.
L’essai en vendange entière a été mené sur le vosne-romanée village selon deux modalités. Dans une première cuve, 30% des raisins étaient vinifiés avec leurs rafles (tiges vertes). Dans une autre cuve, les grappes étaient d’abord éraflées puis les rafles remises dans la cuve. Cette deuxième cuvée nous a semblé nettement supérieure  avec une empreinte tannique plus fondue, profonde. Dans la première cuvée le caractère végétal était plus marqué. Explication ? « Nous n’en avons pas », reconnait Jean-Nicolas Méo. A creuser…

 

Un Clos Vougeot sans soufre


L’essai « sans soufre » a été mené sur une cuvée du Clos de Vougeot. Elle a été mise en fût sans en ajouter. Nous l’avons dégustée à l’aveugle et sans connaitre l’objet de l’expérimentation : cette cuvée présentait davantage de gourmandise en bouche et offrait un caractère épicé (réglisse) plus complexe comparativement à la cuvée témoin mise en fût avec ajout de soufre.
Ce constat confirme plusieurs expériences gustatives menées dans d’autres domaines. Peut-on pour autant se passer du soufre ? Ses caractéristiques antioxydantes et antiseptiques restent garantes d’une bonne conservation du vin durant le voyage et de la conservation des bouteilles. Ne pas y avoir recours revient à prendre le risque de décevoir les amateurs ayant acheté ce grand cru près de 200 euros la bouteille…  Pas question pour Jean-Nicolas Méo de se lancer dans le vin dit naturel !
Les deux cuvées de Clos Vougeot ne feront certainement plus qu’une au finale. « Elles seront certainement assemblées avant la mise en bouteille… ».


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