« Si personne ne m’en parle, il faudra que je me fasse ma propre expérience ». Antoine Lepetit de la Bigne.

Œnologue, ingénieur agronome et polytechnicien, Antoine Lepetit de la Bigne se passionne pour la biodynamie. Il a vu cette approche à l’œuvre pendant huit ans au domaine Leflaive (Puligny-Montrachet) et participé à son développement. Quel regard un scientifique de haut niveau porte-t-il sur un procédé sortant bien souvent des limites de la "science académique" ?

 

Antoine Lepetit de la Bigne au domaine Leflaive (Puligny-Montrachet). DR.
Antoine Lepetit de la Bigne au domaine Leflaive (Puligny-Montrachet). E. Reboud.

Vous êtes Parisien d’origine, vous vous destiniez à une carrière différente de celle que vous connaissez aujourd’hui. Comment avez-vous ressenti le déclic pour les vins ?
J’ai fait mon service militaire dans la Marine. J’étais sur le Surcouf. Etant le plus jeune des officiers, j’étais chargé de préparer les menus et de piocher dans la magnifique cave du bateau. J’ai gouté de bons vins. J’ai conservé le virus avec le club d’œnologie de Polytechnique et j’ai été formé à la dégustation par Philippe Bourguignon (ex-sommelier du restaurant Laurent, Paris).

 
Vous avez complété votre cursus à Polytechnique par des études d’agronomie et d’œnologie. Comment s’est fait la transition ?
J’étais passionné de biologie. J’ai poursuivi mes étude à l’Agro Paris (Ndlr : aujourd’hui Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement, AgroParisTech) avec l’idée de faire viti-oeno par la suite. J’ai fait beaucoup de biologie moléculaire. J’ai travaillé chez Danone, fait du consulting en organisation d’entreprise auprès de grosses entreprises  industrielles (automobile, pharmacie). Après quelques années, j’ai demandé un congé sans solde et je suis allé faire le master viti-oeno à Montpellier. J’ai travaillé 8 mois comme ouvrier viticole chez Zind-Humbrecht (Ndlr : vigneron alsacien). Je suis parti en Argentine également, chez un producteur semi-industriel. A mon retour, je voulais vraiment bosser en Bourgogne.


Pourquoi la Bourgogne vous a-t-elle particulièrement attirée?
Pour les vins avec cette approche du terroir. C’était le produit mais aussi la philosophie qui m’attirait. Olivier Humbrecht était très copain avec Anne-Claude Leflaive. Je suis allé au domaine 4 fois en un an et demi. Elle m’a proposé de venir travailler un an comme ouvrier. C’était en 2007. Un jour par semaine, nous travaillions sur des projets. Cela a abouti à la création de l’Ecole du vin et des Terroirs (www.ecolevinterroir.org) au printemps 2008. Elle m’a proposé de rester avec elle, à la direction du domaine (Ndlr : Anne-Claude Leflaive est décédée en avril 2015).


Quel bilan faites-vous de ces huit années passées au domaine Leflaive ?
J’y ai trouvé un grand professionnalisme, une passion des terroirs, mais aussi une dimension supplémentaire que l’on a essayé de transmettre à travers de l’Ecole du vin. Ce que je garde d’Anne-Claude Leflaive,  ce sont ses enseignements humains. 


L’aspect humain plus que l’aspect technique ?
Les deux, bien-sûr. L’aspect biodynamie était important. A Montpellier, le premier jour de mon master viti-oeno, les professeurs ont expliqué qu’ils n’enseigneraient pas ces techniques-là. Je me suis dit : si personne ne m’en parle, il faudra que je me fasse ma propre expérience. C’est mon côté cartésien. Il faudra que je fasse des stages dans des domaines en biodynamie. Un ami m’a dit : va chez Olivier Humbrecht, c’est hyper carré, il est ingénieur. On peut-être capable de s’intéresser aux aspects sensibles, subtils, même « énergétiques » des choses, tout en gardant un côté très carré, n’oubliant pas sa bonne formation d’ingénieur, d’agronome, d’œnologue. Être capable de jongler avec les deux.

 

Certains aspects de votre formation académique n’ont-ils pas été heurtés par les préceptes de la biodynamie ?
Tout dépend de son ouverture d’esprit. Je suis arrivé en Bourgogne assez jeune, assez jeune dans le vin aussi. J’étais très ouvert et peu formaté. Je suis venu au vin par le côté amateur, je le garde dans mon ADN. Ce questionnement permanent pour savoir pourquoi tel vin a tel goût, pourquoi il est meilleur que tel autre, est un moteur fondamental pour moi. La question de la biodynamie interpelle tout de suite. On voit des différences dans les vins. On rencontre des vignerons qui font des choses magnifiques. Cela ouvre forcément la curiosité tout de suite.


Vous ne voyez pas d’opposition majeure entre les principes de la biodynamie, qui peuvent paraître ésotériques, et ceux qu’on vous a enseignés ?
Non. Ils sont complémentaires. Ce sont deux approches évidemment différentes. Dans mon livre (Ndlr : 35 questions sur la biodynamie. Editions Sang de la Terre), je réponds à la question : la biodynamie est-elle scientifique ? Quand on parle de cartésianisme, on pense qu’il faut que les choses soient rigoureusement démontrées, avec une logique scientifique, sinon cela n’a pas de valeur. En fait Descartes explique qu’il a réexaminé à la fin de sa vie des vérités qu’ils tenaient pour acquises pour se faire sa propre idée. Il pousse les choses à l’extrême en disant qu’il faut douter de tout. Ou alors laisser les choses dans le domaine du probable ou de l’incertain. Malheureusement beaucoup d’enseignants, des professionnels de la science, disent que tout ce qui n’est pas prouvé est faux. C’est une erreur de raisonnement. Ce n’est pas prouvé, donc ce n’est pas prouvé…  C’est tout. Dans le domaine scientifique, le modèle principal a toujours été heurté par de nouveaux concepts. De nouveaux outils d’investigations ont élargi le modèle, l’ont remis en cause.   

« La biodynamie sera davantage investiguée par la science »

 

Antoine Lepetit. M. Plantec
Photo : M. Plantec

Pensez-vous qu’un jour la biodynamie aura des bases scientifiquement admises ?
Oui. Aujourd’hui, c’est un peu délicat. En biodynamie, on utilise des préparations dynamisées. De petites quantités de substances, assez diluées, sont utilisées. C’est l’information supportée par l’eau qui a une action. C’est une hypothèse scientifique.  On parle « d’eau informée ». On n’est pas dans le quantitatif des molécules chimiques identifiées, comme dans un produit phytosanitaire ou un médicament classique.  Les molécules d’eau sont assez spéciales, elles pourraient porter une information sous forme d’onde. Ce n’est donc pas idiot de dire qu’un produit en contact avec l’eau peut amener certaines ondes, garder certaines traces d’organisation dans l’eau, même quand le produit n’y est plus. Ce sont des pistes assez incroyables, des physiciens s’y intéressent. Dans le futur une partie de la biodynamie sera davantage investiguée par la science, peut-être la mécanique quantique.         

La communauté scientifique est-elle plus encline à se pencher sur ce sujet ?
Ça commence à frémir. Il y a un intérêt parmi la jeune génération de chercheurs. Aujourd’hui, il n’y a pas encore de programme de recherche mais on pousse. Les directeurs de recherche ne sont pas encore très ouverts mais certains chercheurs ont cette sensibilité. C’est une question de génération, comme pour les vignerons. En Bourgogne, la nouvelle génération s’est montrée pragmatique : « je fais l’essai, je verrai bien… ». L’ancienne génération avait bien bénéficié de l’agriculture conventionnelle, pour eux c’était un retour en arrière. Ce n’était pas concevable, ils avaient travaillé en conventionnel toute leur carrière. C’était le progrès pour eux. Le problème c’est que dans les structures de recherche plus institutionnalisées, avec des liens avec des industries, cela bouge plus difficilement.


Au domaine Leflaive avez-vous accepté, compris tout ce qui se faisait ? Ne vous êtes-vous pas dit à certains moments : c’est juste de la croyance, de la pensée magique.
Pire que cela. J’étais plutôt moteur pour aller plus loin (rires)…  Le domaine Leflaive a été un lieu privilégié d’expérimentation. Cette philosophie-là est restée. Le domaine reste assez institutionnel, il y a beaucoup d’actionnaires. Faire des essais de « sans soufre » dans la cave oui. Mais mettre la cuvée sur le marché non. C’est prendre beaucoup de risques avec le stockage, la conservation. Le sans soufre, c’est être vraiment sur le fil du rasoir. Il faut accepter de perdre une cuvée une fois sur cinq. Le domaine Leflaive montre une facette de la biodynamie extrêmement pro. Des vignes bien tenues, des vins qui se tiennent.


A la vigne vous diriez que vous maitrisez parfaitement la méthode, même des millésimes compliqués comme 2012 ou 2013 ?
Plus les années passent et plus les risques sont maitrisés. La maitrise technique est plus grande avec l’expérience. Mais je reste très prudent vu les millésimes que l’on rencontre. Nous ne sommes jamais à l’abri d’une claque, en biodynamie, comme en conventionnel. Dans l’agriculture, on ne « maitrise » pas grand-chose. Il faut rester humble. Mais l’expérience est très importante pour avoir les bonnes réactions. En biodynamie, on vise un meilleur équilibre du vignoble, pour avoir un meilleur équilibre du raisin que l’on récolte. Mon expérience au domaine c’est qu’un vignoble en biodynamie depuis suffisamment longtemps est moins sensible au parasitisme. La période délicate c’est la période de conversion. Les gens en en biodynamie depuis 10 ans sont beaucoup plus sereins. Tous. Passés 5 ans, il y a très peu de retour en arrière. Je n’en connais pas. Le domaine Leflaive n’a jamais subi de perte de récolte importante à cause de la biodynamie. Il y est allé avec précaution.

    
Vous avez ressenti le besoin d’expliquer la biodynamie à un public plus large avec ce livre. Comme cette idée est venue ?
Lorsque je faisais déguster les vins, les mêmes questions revenaient toujours, y compris par des cavistes, sommeliers, etc. Jusqu’à il y a peu de temps, il y avait une mauvaise compréhension de la biodynamie. Et puis il y a des gens qui pensent savoir : « vous vendangez avec la lune ». J’ai mis par écrit les réponses que j’apportais. J’ai fait appel à mon ADN d’amateur de vins.


Vous quittez votre poste au domaine Leflaive pour commencer une activité de consultant. Vous intervenez en Bourgogne uniquement ?
Je suis basé en Bourgogne mais mes clients sont également hors Bourgogne. Sur Bordeaux, il y a un fort besoin. Ils ont pris un peu de retard sur la viticulture. Autant ils ont des outils de vinification incroyable, autant à la vigne des choses ont été laissées de côté. J’ai commencé à temps plein ce début d’année. L’idée est de faire que des propriétés viticoles se reconnectent à leur terroir, de remettre la priorité à la vigne et de ne pas matraquer le terroir en cave. Distiller un peu d’esprit bourguignon à droite, à gauche, cela me plait bien. Sur la biodynamie, il y a surtout besoin de rassurer et sécuriser les propriétés pendant leur période de conversion. Je continue également garder un lien avec le Domaine Leflaive, mais avec un œil extérieur maintenant.


Le goût des vins issus de la biodynamie est-il différent ?
C’est net. Je pousse beaucoup à garder des témoins, sans les préparations biodynamiques, comme cela a été fait au domaine Leflaive au début des années 1990 et jusqu’en 1997. Il faut que les gens puissent se dire : que m’apporte la méthode biodynamique ? Est-ce juste les labours, la date de récolte, etc. ? Il faut comparer. Que moi, je vois la différence, c’est bien. Mais qu’eux puissent la ressentir en goutant à l’aveugle, c’est génial. On parle beaucoup de minéralité, vaste sujet. Il y a une différence sur la perception des sels minéraux,  sur les qualités d’acidité, les qualités de tannins. Il y a une notion d’harmonie, de fondu des différents paramètres qui apparait.  

Quelle définition de la biodynamie en quelques mots ?
La biodynamie c’est un regard sur l’agriculture. L’agriculture moderne a fait beaucoup de progrès grâce à la science. Une science mécaniste qui décrit très bien les lois de la matière : la biologie, la chimie, la physique… Le vivant  - plantes, animaux, humains - est un peu plus subtil que la simple matière. En biodynamie l’un des présupposés, notamment dans l’esprit de Steiner *, est que le vivant, c’est de la matière et autre chose. Des forces de vie, j’utilise le mot « énergie ». Le terme est large. Quelque chose de spécifique au vivant qui n’est pas décrit par les lois de la matière. C’est l’idée fondamentale. La biodynamie cherche à interagir avec cet aspect-là. Ce sont des aspects complémentaires pour moi. Avec l’agronomie conventionnelle, on pense qu’avec trois minéraux, les engrais NPK, on nourrit une plante… En biodynamie, on amène des outils là où les techniques mécanistes trouvent leurs limites. Les gens du terroir sont spontanément là-dedans. C’est quelque chose que la Bourgogne n’a pas perdu.

Il existe un aspect spirituel parfois associé à la biodynamie. Est-vous à l’aise avec cela ?
Oui. Le mot spiritualité est le bon, et ce n’est pas un gros mot. Cela peut même parfois être assez terre à terre la spiritualité. Je connais par exemple un moine orthodoxe qui vit sa spiritualité par le travail manuel et l’artisanat : le jardinage, la cuisine, la photographie…  Au 19e siècle, Steiner a baigné dans un mouvement, les théosophes, qui cherchaient à faire un pont entre les spiritualités d’Orient et d’Occident. Ils essayaient de voir s’il y avait quelque chose de commun, d’universel, derrière tout cela. Beaucoup de gens nient l’aspect spirituel de la vie depuis l’émancipation du Siècle des Lumières. Steiner prônait certaines méthodes de méditation, d’introspection, pour que les gens s’approprient leur spiritualité.


Le terme de sectaire a parfois été employé à l’encontre de certains pratiquants de la biodynamie. Qu’en pensez-vous ?
C’est humain : quand on pense que l’on détient la vérité, on aime à penser que les autres ne l’ont pas. Les vignerons en biodynamie ont beaucoup souffert de cela au sein de leur mouvement. Selon les principes de Steiner, il ne faut pas boire d’alcool et ne pas pratiquer la monoculture. Personnellement j’aime que le grand public découvre la biodynamie par le bais du vin. Pas par une version prise de tête. Il faut venir dans une réunion de vignerons en biodynamie pour se rendre compte que c’est tout sauf sectaire…


*Rudolf Steiner (1861-1925) : Philosophe né de parents autrichiens qui a posé les bases de l’agriculture biodynamique.

Bio express

 

29 janvier 1977 : Naissance à Paris.
1996-1999 : Études à Polytechnique.Il devient président du club d’œnologie de l’école.
1999-2001 : Études à Agro Paris.
2001-2004 : Activités de consulting.
2004 : Master Viticulture-œnologie à Montpellier.
2005 : Ouvrier viticole chez Olivier Humbrecht (Alsace)
2006 : Vinifie en Argentine puis chez Vignobles Despagne (Bordeaux). 
2007-2015 : Ouvrier, puis directeur au Domaine Leflaive (Puliny-Montrachet).
2012 : Publie « Introduction à La biodynamie à l’usage des amateurs de vin ». Qui deviendra "35 questions sur la biodynamie" (Editions Sang de la Terre) dans une deuxième version.
2016 : Se consacre au consulting à plein temps. www.lapierreronde.com

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Commentaires : 12
  • #1

    Jean HERITIER (mardi, 12 janvier 2016 17:10)

    Quelles sont les méthodes et les traitements mis en place pour "lutter" contre l’oïdium le mildiou et la flavescence dorée ? est il possible d'utiliser le soufre et le cuivre dans le vignoble ?
    merci Bien à vous

    jean.heritier2@wanadoo.fr

  • #2

    Laurent Gotti (mardi, 12 janvier 2016 17:42)

    Cuivre et soufre sont tolérés mais des préparations d'orties et de prêle sont privilégiées comme anti-fongique. Je vous invite à consulter les ressources du site de Biodyvin pour plus d'information. http://www.biodyvin.com/fr/devenir-adherent/s-inscrire.html

  • #3

    Berrick (mercredi, 13 janvier 2016 16:39)

    Comment au 3ème millénaire peut-on cautionner ce genre de discours, qui font appel à la magie et à l'ésotérisme. Pathétique.

  • #4

    Laurent Gotti (mercredi, 13 janvier 2016 16:51)

    @Berrick Votre réaction peut se comprendre. Pourtant quand de grands domaines comme la Romanée-Conti, Leflaive, Comtes Lafon, Liger-Belair, et tant d'autres, ont recours à la biodynamie le phénomène mérite que l'on s'y penche. Et plutôt deux fois qu'une !

  • #5

    Arnaud (mercredi, 13 janvier 2016 19:47)

    Comment au 3ème millénaire certaines personnes peuvent être fermés, butés et optus, aux points de penser que les personnes travaillant en biodynamie sont des illuminés faisant n'importe quoi!!!
    Berrick je vous invite à vous renseignez sur le sujet avant de prendre les autres pour des idiots!!!
    Travaillé en biodynamie à donné de l'intérêt et une certaines fierté a mon travail!!!
    J'ai l'impression de plus respecté ma planète, la vigne,et les futurs consommateurs avec ce mode de culture!!
    Et les resultat sont visibles!!!
    "Incroyable"

  • #6

    Eric (jeudi, 14 janvier 2016 16:43)

    J'ai étudié de très très près la biodynamie, j'en ai même fait des articles, et je connais Antoine Lepetit. Mais avant de dire que "ça marche", il faudrait s'entendre sur "qu'est-ce qui marche ?". Aucune étude avec un protocole scientifique sérieux n'a montré de différence entre le bio et la biodynamie (s'il vous plait ne me sortez pas les études de Bourguignon, sur un financement privé, ni de Zürcher, démenti depuis). Les vignerons s'appuient uniquement sur un ressenti (des résultats "visibles", ça ne suffit pas) et surtout sur "l'envie d'y croire" et développent à la suite de cela un discours clairement pseudo-scientifique où l'on retrouve pêle-mêle de l'astrologie, de l'homéopathie, des forces cosmiques magiques, de la mémoire de l'eau. Devant l'absence de résultats "fiables" et des principes remis en cause depuis longtemps par la science, il est évident que la science ne compte pas s'y intéresser de près.
    Que les grands domaines s'y intéressent, certes, mais ce n'est pas une preuve, il y a bien des présidents de la république qui se font tirer les tarots. Leurs vins seraient tout aussi bons et exactement les mêmes sans ces rituels et ces préparations mises à doses infinitésimales.
    Quant au fait de "respecter la nature", il faut se rendre compte que la nature ne fonctionne pas avec des "forces cosmiques" parce qu'on l'aurait nous même décrété. La Science, la recherche, plutôt que se plier à une idéologie sortie de la tête de Steiner (qui n'a d'ailleurs jamais été agriculteur), s'occupe plutôt d'observer la nature pour la comprendre (la "physique", vient du mot grec qui signifie "nature"). Et c'est toujours étonnant de qualifier les scientifiques d'obtus ou de fermés juste parce qu'ils ne cèdent pas à un dogme "à la mode" et non éprouvé.

  • #7

    Laurent Gotti (jeudi, 14 janvier 2016 19:08)

    @Eric Les viticulteurs en bio et en biodymanie montrent qu'il est possible de produire de grands vins en se passant de produits phytosanitaires issus de molécules de synthèse. Beaucoup de ces molécules ont un effet avéré sur la santé humaine et plus généralement l'environnement. Il faut commencer par s'en réjouir.
    Il n'empêche effectivement que l'on peut contester les principes de la biodynamie, être circonspect. Cela me parait légitime. Mais affirmer que ce mode de culture est une alternative valable et éprouvée l'est tout autant avec le recul qu'offre ces domaines précurseurs. Vous parlez de "dogme" mais s'il en est un qui prévaut aujourd'hui encore en viticulture c'est "point de salut sans chimie" (85% des vignerons utilisent des produits phytosanitaire de synthèse). Qu'importe si certains font appel aux astres ou autres moyens qui ne font pas de mal à une mouche, si cela peut éviter que Monsanto et consorts répandent un peu moins de leur glyphosate et cie...

  • #8

    Eric (vendredi, 15 janvier 2016 02:57)

    Je ne mets pas le bio et la biodynamie dans le même panier. Si le but est de limiter les produits, la démarche bio suffit. Et d'ailleurs le succès de ces grands domaines précurseurs est d'abord celui d'être passé en bio. Pourquoi aller plus loin, au risque même de décrédibiliser la démarche bio avec du folklore ésotérique ?
    Et est-ce que ces méthodes ne font pas de mal ? Quelque part si en faisant croire par exemple qu'on peut lutter contre la flavescence dorée en accrochant des petits chiffons oranges sur les vignes. C'est très comparable à certains discours qui voudraient faire croire qu'on peut soigner un cancer grâce à l'homéopathie.
    C'est dangereux enfin pour l'esprit critique. La biodynamie bénéficie d'une énorme complaisance auprès des médias sans que personne ne décortique clairement ses principes. Et on voit ne serait que dans cette interview qu'on pourrait mettre la "science spirituelle" de Steiner au même rang voire au dessus de la science (qu'on appelle ici "académique" comme pour mieux justifier qu'il pourrait y en avoir une "alternative"). Par contre, on appuie jamais là où ça pêche : le pouvoir cosmique d'une vessie de cerf ou d'une corne de vache, la force de Saturne dans la couleur d'une prune, ou l'intérêt de travailler la terre quand la Lune est dans la constellation du Taureau... Ce discours est effectivement dangereux.

  • #9

    Bernard GRANDCHAMP (dimanche, 17 janvier 2016 12:41)

    Laurent Gotti, merci pour cette interview instructive et surtout pertinente...
    Les choses bougent vis à vis de la biodynamie, du moins en viticulture, et la "science académique" est en train d'y mettre (le bout de) son nez - et c'est tant mieux (un groupe de travail technique sur la biodynamie existe désormais au sein du Ministère de l'Agriculture) : en matière de savoir, rien n'est pire que les approximations, y compris verbales ("Mal nommer ajoute au malheur du monde" comme disait Albert Camus).
    Moi-même ingénieur agronome et oenologue (Agro Montpellier 1973, élève des Professeurs Branas et Boubals), j'ai eu la chance d'exercer toute ma carrière "sur le terrain" (direction de domaines, dont quelques grands "châteaux" bordelais, et consultant) . En viticulture, nous sommes gens pratiques, faisant des choses et constatant qu'il se passe d'autres choses - et faisant certaines choses pour qu'il s'en produisent d'autres (et c'est ainsi que l'on "conduit" un vignoble!). Outre ces constats, il y a parfois des explications et parfois non. Et au fond, cela n'est pas bien grave, il suffit d'observer, de constater, qu'en faisant ceci il se passe cela, qu'en refaisant ceci il se repasse cela, etc..
    Bref, que la biodynamie ait un côté quelque peu philosophique, voire ésotérique, cela n'a pas grande importance (ah, la vessie de cerf, la corne de vache - dommage qu'il n'y ait pas aussi la corne de bouc, Brassens eût aimé!... mais ne disposons-nous pas, en dégustation qui pourtant est matière sérieuse, de descripteurs si peu pertinents mais si ésotériques tels que "ventre de lièvre"?...). Il se trouve qu'elle repose aussi sur des pratiques qui, si on les met en oeuvre, produisent des effets observables déjà sur la vigne - le vin venant ensuite (ou par surcroît) comme "expression" du raisin.
    Pour moi, praticien de la viticulture et (modeste) physiologiste de la vigne, l'équilibre plante-fruit représente ce vers quoi nous cherchons à tendre chaque année, et il me semble - pour le dire simplement ici - que la biodynamie, par les procédés techniques qu'elle met en oeuvre, y contribue de façon pertinente (question de la pathologie mise à part). Anecdotiquement, j'ai rencontré plusieurs fois Pierre Morey, l'ancien régisseur du domaine Leflaive au moment du passage à la biodynamie, et j'ai constaté alors en échangeant avec lui combien la mise en place de la biodynamie avait été essentiellement pragmatique et comparative - avant d'être adoptée comme mode de conduite de l'ensemble du vignoble. "Soyez curieux" comme nous disait Jean Branas...

  • #10

    Laurent Gotti (lundi, 18 janvier 2016 12:04)

    @Bernard GRANDCHAMP Merci pour votre témoignage. Votre hommage à Pierre Morey me semble apporter un complément fort judicieux à cette interview !

  • #11

    dubourdieu franck (mardi, 19 janvier 2016 19:23)

    Bravo Laurent pour cet interview de grande qualité concernant les questions pertinentes - tu connais bien le sujet - et les réponses émanant d'un praticien ayant officié chez les grands précurseurs de la méthode. Je suis en contact avec lui et j'espère pouvoir le rencontrer. Le doute qui préside à la pratique de la Biodynamie est normal puisque pour l'heure, il nous faut croire. La voie de recherche active sur la mémoire de l'eau devrait nous apporter quelques explications scientifiques. Néanmoins, les témoignages nombreux des praticiens et non des moindres en Bourgogne ou ailleurs, par leur propos, leurs écrits ou la qualité irréprochable de leur vin, ne manquent pas de questionner les plus cartésiens d'entre nous, voire tout simplement de convaincre. Je rejoins Eric qui déclare qu'aucune étude - il existerait une étude comparative de 10 ans aux US et une sur 5 ans en Suisse - n'a montré clairement la différence entre une vigne conduite en Bio et l'autre en Bio et en Biodynamie. Ce travail mérite d'être approfondi en laboratoire mais aussi sur le terrain en mettant en place un chantier comparatif.
    J'invite les lecteurs de All About Burgundy intéressés par le Bio et la Biodynamie à lire mon article "Le vin Bio est-il meilleur ?" sur mon blog www.bordeauxclassicwine.fr et à s'abonner.

  • #12

    Laurent Gotti (mercredi, 20 janvier 2016 09:15)

    @ dubourdieu franck Merci Franck. Bonne formule, ce "il nous faut croire". Tu devrais pouvoir rencontrer A. Lepetit puisqu'il rayonne sur Bordeaux maintenant. Au plaisir !

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