Clos de Tart : les millésimes du retour en grâce

 Au Clos de Tart, grand cru la Côte de Nuits, les deux dernières décennies ont été marquées par un retour au premier plan. Confiés à Sylvain Pitiot en 1996, ces 7,5 hectares en monopole, ont retrouvé le rang qu’ils n’auraient jamais dû quitter : celui d’un des terroirs les plus fascinants de Bourgogne.
Ce millésime 2015 a marqué le passage de témoin de Sylvain Pitiot, parti à la retraite, à Jacques Devauges. L’occasion de revenir sur un retour en grâce fulgurant. Dégustation.

Deux décennies de Clos de Tart, grand cru de la Côte de Nuits, à déguster. Moments d'exceptions. Laurent Gotti.
Deux décennies de Clos de Tart, grand cru de la Côte de Nuits, à déguster. Moments d'exceptions. Laurent Gotti.

2014 (en fût) – 18 sur 20
Un vin qui poursuit sereinement son élevage en fût neuf. Il présente toute la complexité et la subtilité aromatique dont est capable le clos : un envoûtant mélange de violette, de framboise, de réglisse. Quelques notes de torréfaction rappellent que nous sommes ici en présence du pourcentage maximal de fût neuf. Pour autant, le vin l’a parfaitement digéré. Issu de raisins vendangés à partir du 17 septembre, il présente des tannins concentrés et raffinés en bouche. Déjà séduisant, ce 2014 est très prometteur.

2013 – 17 sur 20
Le millésime a été marqué par un printemps très pluvieux et des vendanges tardives. Elles ont débuté le 8 octobre au Clos. Les tonalités aromatiques sont assez compotées, très différentes de 2014, sur des notes de mûres, et de fruits sauvages plus généralement, avec une pointe de caramel. La bouche est d’une concentration assez moyenne mais d’une belle persistance aromatique. Des tannins un peu fermes en finale incitent à la patience. Un vin mis en bouteille au printemps dernier, à laisser tranquille en cave quelques années…  

2012 – 18 sur 20
L’intensité colorante de la robe surprend dès le premier coup d’œil. Le nez développe des arômes épicés (poivrés) et de torréfaction puis s’intensifie sur des notes de cassis frais. La bouche confirme la grande concentration promise par la robe. Un constat très logique au regard des informations que Sylvain Pitiot apportera par la suite : " les raisins étaient millerandés, de petite taille du fait de la floraison difficile, et les rendements obtenus très faibles : seulement 14 hectolitres par hectares contre 30 à 35 visés".    

2011 – 19 sur 20
Fidèle à sa réputation de millésime flatteur, ce 2011 se montre particulièrement charmeur. Le nez dévoile d’intenses notes florales : pivoine, rose. Le deuxième nez, après aération, se montre encore plus intense. La bouche est aérienne déliée. La quintessence du pinot noir bourguignon sublimé par un grand terroir. Impossible de ne pas succomber…

Vignes du Clos de Tart vues du Côté des Bonnes-Mares. Laurent Gotti.
Les vignes du Clos de Tart au sud (vues du côté des Bonnes-Mares). Laurent Gotti.

2010 – 20 sur 20
Une robe profonde, aux reflets violacés, indique que le vin a très peu évolué depuis sa mise en bouteille. Le premier nez se montre assez réservé mais laisse percevoir de fines notes de myrtille, de violette, de cassis. Il monte tout doucement en intensité à l’aération : des touches reglissées et torréfiées viennent s’ajouter au bouquet initial. La bouche présente une harmonie et une longueur exceptionnelles.  Une texture veloutée et concentrée tapisse le palais. Petit rendement là encore (22 hectolitres/hectare), grande matière. La typicité de Clos s’exprime avec une remarquable transparence et pureté.

2009 – 18 sur 20
La robe est dense, ne présentant pas de signe d’évolution manifeste. La générosité de ce millésime ensoleillé, temps radieux tout le mois d’août et pendant les vendanges, se fait sentir sans tarder au nez. Aux arômes épicés et de pain toasté succèdent des notes de fruits noirs bien mûrs (coulis de cassis, de mûre). Une expression aromatique intense et concentrée. Une matière tout en rondeur s’affirme dès l’attaque en bouche. Une sensation de gourmandise domine mais les tannins s’expriment tout de même avec une pointe de fermeté. A garder encore quelques années.

2008 – 15 ,5 sur 20
Une pointe d’évolution à signaler sur la robe. Le nez reste sur la réserve, avec des premières touches qui évoquent le cuir. Un bouquet au caractère plus frais s’affirme au deuxième nez ; on retrouve la framboise et la violette qui identifient très souvent le Clos de Tart. L’attaque en bouche est assez tannique puis la matière s’affine tout en conservant une bonne concentration. Une finale réglissée conclut la dégustation. A boire dans les 5 ans.  

2006 – 16,5 sur 20
Une légère évolution également sur ce Clos de Tart 2006 avec quelques discrets reflets bruns.  Le nez évoque la cerise noire, le réglisse et plus généralement le fruit confit. Les vendanges, assez précoces, se sont déroulées sous un climat chaud mais aussi orageux. La bouche affiche une certaine rondeur et des tannins plutôt gourmands. Un caractère assez chaleureux qui n’empêche pas les tannins de s’affermir en finale. Un petit manque d’harmonie qui le pénalise aujourd’hui. 

2005 (en magnum) – 19,5 sur 20
Un grand millésime, incontestablement au rendez-vous 10 ans après. «Avec un rendement de 27 hectolitres par hectare. C’était la récolte idéale tant en termes de qualité que de quantité ». La table de tri est restée dans la remise cette année-là… Un été ensoleillé et venté a permis aux raisins de se concentrer dans un état sanitaire parfait. Si parfois ce millésime de garde peut décevoir par un caractère austère, au Clos de Tart, Sylvain Pitiot a pris son temps pour lancer la récolte (comme souvent). Le résultat : un vin d’une superbe harmonie, cohérent de bout en bout, livrant des arômes d’une grande fraîcheur (myrtille, cassis).

2004 – 15 sur 20
Évidemment, le millésime 2004 souffre de la comparaison avec 2005. L’année a été marquée par un été très fréquemment orageux, de la grêle parfois. Les rouges bourguignons sont reconnaissables à leurs arômes végétaux, racinaires. Le Clos de Tart n’a pas échappé à ce marqueur. Pour autant son évolution vers des notes de sous-bois assez fines est plutôt une bonne surprise. Le vin le plus léger de la série, mais pas déshonorant pour autant.

2003 – 17 sur 20
La couleur, très intense, se dévoile sans évolution notable. La marque chaleureuse de 2003 est là au nez avec un caractère de fruits figués, des notes de confiture. La bouche se montre chaleureuse, mais elle s’est bien assagie par rapport à ses premières années. L’identité bourguignonne de ce Clos de Tart semblait alors bien peu évidente. Aujourd’hui le caractère suave, associé à des notes chocolatées, n’alourdit pas tant ce 2003. Il ne faut pas chercher la typicité et la subtilité d’un pinot noir de la Côte de Nuits de millésime frais mais ce vin garde sa cohérence. 

2002 – 19 sur 20
Un millésime marqué par un mois de septembre lumineux et frais. Un temps idéal pour les vignerons adeptes de la patience au moment d’aller récolter. « Nous étions à la limite de la surmaturité », se souvient Sylvain Pitiot. Si beaucoup de vins se sont montrés assez austères dans leur jeunesse, le Clos de Tart déploie depuis ses premières années des notes très intenses de fruits noirs, de cerise, de myrtille. Une matière très profonde, ample, occupe tout l’espace en bouche. Les tannins se déploient avec beaucoup de raffinement, de souplesse. La longueur est exceptionnelle. Il semble parti pour vieillir encore deux décennies au moins sans se fatiguer.

2001 – 18 sur 20
Ce millésime très réussi, bien que peu évident, a souvent été perçu comme une forme d’aboutissement des premières années de reprises en main du Clos de Tart par Sylvain Pitiot. Il a séduit de nombreux observateurs. Ce Clos de Tart tient effectivement son rang parmi les grandes réussites de ces deux décennies. Son potentiel de garde paraît entamé aujourd’hui comme en témoigne les reflets légèrement orangés de la robe. Le nez confirme cette évolution avec une touche de sous-bois. L’aération laisse percevoir un caractère plus frais et floral. Un bouquet qui dégage beaucoup d’harmonie. En bouche, l’élégance de sa texture, campée sur une trame fraîche, est remarquable. Un vin de grande classe

Le Clos de Tart et ses origines monastiques se traduisent sur son étiquette. Laurent Gotti
Le Clos de Tart et ses origines monastiques se traduisent sur son étiquette. Laurent Gotti

2000 – 17,5 sur 20
La robe est profonde comparativement à la moyenne du millésime. Le nez est ouvert et flatteur sur des notes de myrtilles, de mûre fraiche, avec une élégante touche poivrée en prime. La bouche est particulièrement aérienne, caressante. Il semble parfumer la bouche plus que l’emplir d’une  véritable matière.  Un vin de dentelle peu impressionnant par sa structure mais étincelant par sa délicatesse.

1999 – 19,5 sur 20
 La vigne a été généreuse cette année-là (rendement de près de 40 hl/ha. Le soleil aussi. Le nez se montre spontanément expressif et suave sur des notes de fruits confits. Une gamme aromatique qui se révèle étonnamment plus fraîche à l’aération évoquant la gelée de groseille, les fruits noirs juteux. Une matière dense, longue et gourmande vient flatter le palais. La maturité du millésime donne le meilleur d’elle-même. A boire.

 


1997 – 17 sur 20
Une vraie friandise que ce 1997 ! Il joue sur un caractère d’une grande suavité confinant même à la sucrosité. Le nez déploie des notes de réglisse mais aussi de sous-bois et de cuir après aération.  Les tannins sont particulièrement veloutés. Sa persistance en bouche se fait plus fugace sans laisser pour autant une sensation pataude ou furtive. Particulièrement séducteur dans sa jeunesse, ce Clos de Tart, aujourd’hui à boire, a conservé son caractère enjôleur.

1996 – 17,5 sur 20
Premier millésime au Clos de Tart pour Sylvain Pitiot. Ce dernier n'a pas été spécialement pressé de vendanger, au vu de la belle arrière-saison qui a marqué ce millésime relativement tardif. C’était l’une des clés de cette année qui a vu beaucoup de vins campés sur une acidité mordante. Le nez propose des arômes épicés-grillés, d’herbe aromatique. La cerise confite et un caractère giboyeux arrivent ensuite. Une palette traduisant une belle évolution. La bouche montre une très grande densité enveloppant une acidité fondue. A boire.

Et un vin mystère (présenté à l’aveugle)
La robe présente des reflets tuilés prononcés. Le nez se montre plus frais que ne pouvait le laisser supposer cette première approche visuelle : des arômes de fruits à noyau confits (cerise) s’expriment avec une belle intensité. Une matière plutôt souple et ronde se déploie à l’attaque en bouche, les tannins s’affermissent toutefois en finale. L’ensemble donne un vin assez agréable, d’une profondeur moyenne et d’une harmonie perfectible mais plaisante. C’était un 1976 (15,5 sur 20) dans un bel état de conservation…

 

Vins dégustés et notés le 11 septembre dernier au Clos de Tart par Laurent Gotti et Amanda Regan.

 

 


Un joyau à dépoussiérer


Les vins du Clos de Tart naissent toujours dans les batiments historiques restaurés à la fin des années 1990. Laurent Gotti.
Les vins du Clos de Tart naissent toujours dans les batiments historiques restaurés à la fin des années 1990. Laurent Gotti.

Arrivé au Clos de Tart en 1996, Sylvain Pitiot est la cheville ouvrière du retour au premier plan de ce grand cru monopole. De son côté, la famille Mommessin (propriétaire depuis 1932 à la suite d’un achat aux enchères) a consenti de nombreux investissements :  nouvelle cuverie, nouveau cellier, restauration de la salle de l’ancien pressoir, reprise en mains de la commercialisation, etc. Sans oublier l’essentiel : la mise en place d’une viticulture de haute précision sur les 7,5 hectares idéalement situés sur la Côte.
Jusqu’alors une certaine inertie des actionnaires, aussi propriétaires d’une maison de négoce (vendue au moment même où Sylvain Pitiot prenait ses fonctions), avait laissé ce joyau de la Côte de Nuits s’empoussiérer. 
Observateurs, critiques et clients ont salué ce retour en pleine lumière. Revers de la médaille pour les amateurs : les prix ont suivi une ascension exponentielle. Il était possible d’acheter un Clos de Tart pour 250 francs au milieu des années 1990.  Il en coûte aujourd’hui 360 € prix TTC particulier pour le millésime 2013.


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