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Vendanges 2016 : En ordre dispersé

La majorité des domaines bourguignons sont, ou seront, en vendanges cette semaine. Pour autant le choix de la date de récolte, parcelle par parcelle, n’a jamais autant ressemblé à un casse-tête chinois.

Le millésime 2016 est marqué par une hétérogénité de la maturité des raisins. LG
Le millésime 2016 est marqué par une hétérogénité de la maturité des raisins. LG

Des vendanges « délicates », « compliquées » même. Le vocabulaire des producteurs bourguignons tournent autour de ces deux mots à l'heure de ressortir les sécateurs. Pas d'optimisme béat ou d'enthousiasme débordant en vue...

Pour qui n’a pas suivi les premiers épisodes de la saison 2016 en Bourgogne, cette retenue peut surprendre. Certes août et septembre, au beau fixe, ont été une véritable bénédiction, mais le gel et le mildiou ont laissé des traces durables. Le retour du beau temps et de la chaleur ont aussi entrainé localement un stress hydrique des ceps à partir de la fin août. Les vignes ont eu tendance à bloquer la maturation de leurs raisins.
Alors que certaine grappes étaient parfaitement mûres dès le 15 septembre dans le sud de la Bourgogne, affichant de jolis degrés potentiels, avec des matières concentrées et pulpeuses, d’autres ont passé le stade de la véraison il y a quelques jours seulement (changement de couleur des raisins s’effectuant environ un mois avant la pleine maturité).
Une situation qui n’est pas exceptionnelle. D’une parcelle à l’autre la maturation des raisins est rarement homogène. Elle est fonction de l’exposition, de l’altitude, du rendement des vignes, etc. Les vignerons déterminent en début de récolte un circuit de vendanges en fonction des prélèvements. Seulement en 2016, cette hétérogénéité se constate à l’intérieur même de certaines parcelles, voire parfois d’un même pied… D’où la difficulté à déterminer la bonne date pour envoyer vendangeurs ou machines à vendanger dans les rangs. Un casse-tête résultant essentiellement des gelés de la fin avril qui ont touché une large partie nord de la Bourgogne. Elles ont bloqué, retardé, le cycle végétatif. Ou conduit la plante à produire de nouveaux raisins en décalé. Les soubresauts qui ont suivi n’ont pas permis aux écarts de se combler ou trop peu.
Bref, bien malin celui qui à ce stade peut parler de petit ou de grand millésime… 
Points positifs : de l’avis général des producteurs interrogés les raisins sont sains et les prévisions météo laissent entrevoir une belle période de temps ensoleillé jusqu’à début octobre au moins. Les vignerons sérieux prendront donc le temps d’évaluer la situation et ajusteront leur date de récolte sans précipitation.
Dans certains secteurs, le Mâconnais en particulier, le potentiel de récolte est généreux. Plus au nord, les pluies du week-end dernier ont été bénéfiques dans les secteurs touchés par la sécheresse.
Si le temps favorable persiste,ce millésime, déjà entré dans les annales pour ses gelées de printemps et sa pression de mildiou exceptionnelles, peut potentiellement offrir des bouteilles de haut vol. Mais toute généralité sur 2016 est hors de propos…

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G. Laroche : « Le pire dans le vin c’est le systématisme »

Journaliste, Guillaume Laroche est à l’origine d’Entre les vignes, un livre d’entretien avec une quinzaine de vignerons bourguignons. Il revient sur ce qui l’a poussé, lui spécialiste de basket, à sortir de ses sentiers connus et sur ce qu’il a appris auprès des personnalités qu’il a fréquentées pendant plus d’un an.

Guillaume Laroche, auteur d'Entre les vignes. LG
Guillaume Laroche, auteur d'Entre les vignes. LG

Votre livre est un recueil d’entretiens avec des vigneronnes et vignerons  de Bourgogne. Pourquoi de Bourgogne particulièrement ?


J’adore Beaune, j’adore la Bourgogne. C’est à trois heures et demi de route de Paris. On y mange bien, on y rencontre des gens sympathiques…  Au cours d’un premier week-end dans la région, en 2010, avec ma femme, nous avons rencontré un vigneron. Il nous a conseillé d’aller chez Frédéric Henry, caviste à Beaune (Mes Bourgognes). Nous y sommes allés un dimanche matin et nous avons passé deux heures à discuter. Nous sommes repartis avec des bouteilles et chaque fois qu’on en ouvrait une à la maison, on la trouvait excellente. Finalement, nous avons pris l’habitude venir deux fois par an en Bourgogne, au printemps et à l’automne.

Et finalement l’idée vous est venue d’associer loisirs et activités professionnelles…


Avec un ami bordelais, photographe à ses heures perdues, nous avons évoqué l’idée d’un livre. Lui était finalement trop occupé. Je me suis lancé seul.

 

Vous déploriez en présentant votre livre que les sportifs ont souvent un discours lisse et formaté. A l’inverse, avec ces vignerons, les échanges vous ont semblé plus riches, avec une qualité de rencontre nettement plus grande. Comment l’expliquez-vous ?


J’ai créé un magazine spécialisé sur le basket américain. Nous avons la chance d’avoir des créneaux d’interview avec des joueurs majeurs. La dernière star que nous avons interviewée nous a consacré beaucoup de temps… 10 minutes ! Parfois nous n’avons que trois minutes, avec l’attachée de presse ou des chargés de communication qui contrôlent. Nous avons le temps de poser quatre questions. On ne fait rien avec ça… C’est très dommage car quand on s’intéresse aux hommes, il y a toujours des histoires à creuser. Nous avons pu passer une demi-journée avec Nicolas Batum, joueur français évoluant dans le championnat américain. Là on sort des choses hyper intéressantes. Le discours lisse n’est pas forcément lié à la personne mais plutôt au contexte. Les vignerons que nous avons rencontrés se sont exprimés avec beaucoup d’enthousiasme sur leur métier, leur vie, leurs difficultés. Selon les personnalités cela pouvait prendre un peu de temps. Ils nous ont tous accordé beaucoup de temps.
Tous ne se sont pas confiés sur ce qu’ils sont humainement, d’autres oui. Claire Naudin par exemple en a beaucoup dit sur ses relations familiales. On a d’ailleurs pas tout écrit parce que cela allait un peu loin, mais c’était très intéressant pour comprendre la personne. D’autres n’ont pas parlé de leur vie familiale mais sont allés au fond des choses sur leur métier, les contraintes, les difficultés, etc.


Comment s’est fait le choix des vignerons ?


Ça ne s'est pas du tout fait sur les appellations mais vraiment sur les personnalités. Le mérite en revient à Frédéric Henry qui les connait tous bien. Et finalement on couvre le vignoble de Chablis à Mâcon sans que cela soit voulu.

 

Un choix qui, dit-il, n’est pas lié à la qualité des vins...


Non. Les vins sont différents mais aucun est mauvais. On n’allait pas parler de gens qui travaillent mal… Nous souhaitions vraiment rencontrer des personnes qui s’expriment, qui expliquent ce qu’elles veulent faire, comment, etc. Une parole libérée. On savait que cela serait plus compliqué avec certains qu’avec d’autres, mais qu’on arriverait à en tirer quelque chose.


Il n’y a pas de « stars » non plus dans vos choix…


On ne voulait pas de vins spéculatifs. Non pas que les « stars » ne soient pas intéressantes mais il y a tellement de livres, de choses écrites, sur la Romanée-Conti, Leroy, Dugat, Roulot, Coche-Dury, etc.

  
Y-a-t-il un souvenir, une rencontre qui vous reste plus particulièrement en mémoire ?


C’est très dur de vous répondre… Il y a une anecdote, un souvenir marquant, chez chacun d’eux. Ce qui m’a vraiment surpris, c’est la liberté avec laquelle ils se sont exprimés. La confiance qu’ils nous ont faite. Ils ont réussi à s’exprimer sur leur méthode de travail avec conviction et en allant au bout de ce qu’ils pensaient même s’ils allaient parfois à l’encontre des modes. Certains vignerons conventionnels se sentent un peu pointés du doigt parce que la tendance est au bio. Mais à aucun moment, ils n'ont voulu cacher certaines choses. Chez ceux qui étaient en bio, comme Dominique Derain ou Emmanuel Giboulot, c’étaient bien de les entendre parler de la période où eux étaient montrés du doigt. Chacun se bat pour ses convictions.


Est-ce que certains propos vous ont surpris ? Déstabilisé ?


J’avais l’a priori qu’il est très difficile d’ouvrir la porte des domaines bourguignons. C’est vrai, ce n’est pas toujours simple mais l’accueil que nous avons reçu m’a vraiment surpris. Nous avions sûrement l’image du Parisien qui débarque et les gens pouvaient se dire : « Je vais leur répondre pour faire plaisir à Frédéric mais vite fait. En fait, la plupart du temps nous avons partagé un repas avec eux. »


Diriez-vous qu’il y a un art de vivre, associé au vin, qui perdure en Bourgogne ?


Oui. On peut se dire que le vin c’est quand même du business, de l’argent, qu'il n’y pas de place pour la rigolade. Ça doit être le cas chez beaucoup. C’est du travail. Chez les quinze que l’on a choisis, ça n’était pas ça. Attention, ce ne sont pas des philanthropes mais les relations sont restées très humaines. Chez la moitié d’entre eux, nous avons pris des photos pendant les vendanges. Le point commun que nous avons remarqué, c’était la relation très humaine avec les vendangeurs : l’apéro ensemble, la fête le soir. On était invités à toutes les paulées (ndlr : fête de fin de vendanges). Un grand bonheur. Je ne sais pas si c’était des cas particuliers…

 

Frédéric Henry affirme que l’appellation n’est pas importante, l’important c’est celui qui fait le vin. C’est une vision iconoclaste, qui sort de l’idée bourguignonne de prééminence du terroir ? Vous le rejoignez sur ce point ?


Oui, tout à fait. C’est la chose la plus importante que j’ai apprise avec Frédéric Henry. C’est vrai en Bourgogne et plus globalement dans le monde du vin. Aujourd’hui, les AOC ne font pas la qualité du vin, vraiment pas. Le terroir ne fait pas non plus la qualité du vin. Ce sont les hommes et les femmes qui font le vin. Comment ils travaillent leurs terres. Il y a des bourgognes génériques meilleurs que certains grands crus. On ne peut pas tirer un trait pour autant sur les terroirs. C’est un patrimoine biologique qui donne de la profondeur aux vins. Il faut que les hommes et les femmes du vin l’aient compris, aient la volonté d’utiliser ces sols. Ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde. Athénaïs de Béru (ndlr : vigneronne présente dans le livre)  constate que certains grands crus à Chablis sont des terroirs gâchés…


Les prix des vins de Bourgogne rentrent dans une grille plus ou moins dictée par le prestige, la hiérarchie de l’AOC. Le prix n’est donc pas une garantie de qualité selon vous ?  Un saint-romain peut-être meilleur qu’un meursault-genevrières ?


Je pense que l’on peut avoir de très bonnes surprises avec des « petits vins » à des prix très corrects en Bourgogne. Les simples bourgognes de Julien Guillot, issus de raisins avec une vraie maturité, sont incroyables. Je pense qu’ils sont meilleurs que certains premiers crus de Côte de Nuits. Cela reste une question de goût aussi. Si vous aimez les meursault très beurrés, boisés, vous les préférerez aux saint-romain de Renaud Boyer (ndlr : autre vigneron présent dans le livre) qui s’expriment dans un style très pur, minéral, pas marqué par le bois.

La Bourgogne c’est aussi un maillage de domaines familiaux, de tailles modestes. Ce modèle vous semble-t-il menacé ? Avez-vous senti des inquiétudes lors de vos entretiens ?


Oui, j’ai senti de l’inquiétude chez la plupart d’entre eux. Il y a une grosse pression sur le foncier entrainant des problèmes de transmission des domaines. C’est une vraie tristesse. Si les prix des vins augmentent, ce n’est pas forcément pour permettre aux vignerons d’acheter une nouvelle voiture ou une autre résidence. Le coût de la transmission est tellement élevé qu’ils sont obligés de mettre de côté bien des années avant. Avec la mondialisation, des gens qui ont des fortunes considérables peuvent mettre deux fois le prix sur les vignes. Sans être protectionniste, je crois que ce patrimoine doit rester, au moins en partie, aux mains de ces familles qui connaissent le terroir, qui ont de l’amour pour leur terre. Le vin ne peut pas être un produit simplement spéculatif, qui a un positionnement sur le marché. Pour moi, c’est de l’émotion, un art de vivre.


Le phénomène touche toutefois surtout les secteurs les plus prestigieux.


Oui, c’est vrai en Côte de Nuits surtout. Quand on s’éloigne un peu, la pression est moindre. J’espère qu’un domaine comme celui de Jean-Yves Bizot avec ces 3,5 hectares à Vosne-Romanée pourra continuer à exister. Le jour où les domaines bourguignons appartiendront à trois groupes …

Quelle est votre définition d’un grand vin de Bourgogne ?


C’est l’arroseur arrosé ! C’était la dernière question que l’on posait aux vignerons pour notre livre. J’adore le pinot noir pour sa magie aromatique. Un beau pinot se reconnait tout de suite quand on met le nez dedans. C’est incroyable. Ce que j’aime dans un grand bourgogne c’est la fraîcheur, l’aromatique, l’équilibre. Un peu de matière et de l’acidité pour contrebalancer aussi. Sur un millésime comme 2014, que je trouve très joli, on a ça. J’aime moins les vins maquillés, travaillés de la même façon. Mais attention, des vignerons en culture conventionnelle, comme des vignerons plus  « nature » peuvent travailler avec cette volonté de peu intervenir. C’est important de l’expliquer. Les gens confondent un peu tout : bio, biodynamie, naturel, conventionnel.


Le terme naturel est d’ailleurs trompeur. Qu’en pensez-vous ?


Oui c’est vrai. Il faudrait mieux dire vins vinifiés avec un minimum d’intrants. Mais pour le coup ce n’est pas très marketing, communiquant… Le soufre, c’est finalement l’un des intrants les moins problématiques. Il y en a tellement d’autres. Autant avoir un peu de soufre dans un vin et qu’il soit bon, qu’avoir un vin sans soufre maquillé par plein de cochonneries. La question c’est le systématisme. Le travail avec un cahier des charges, c’est le pire. Au final les vins sont formatés. Un bon vin de Bourgogne, c’est un vin non formaté. Un vin qui a une personnalité. D’une méthode ou d’une autre, s’il est fait avec sincérité, avec une vraie personnalité, un vin aura quelque chose à raconter.  Il ne sera peut-être pas forcément au goût de tout le monde, mais au moins il aura une vraie personnalité. Ce ne sera pas un produit mis dans une moyenne pour plaire à un client lambda.


Parmi tous les vins que vous avez dégustés pour ce livre lequel vous a particulièrement plu…


Sincèrement tous m’ont plu. Des vins que l’on va boire à des moments différents. C’est très important le moment et avec qui on boit le vin. A l’apéro le mardi soir avec un ami en sortant du boulot, on n’apprécie pas la même chose que pour les vingt ans de sa fille. Chez ces vignerons, il y a tout cela : des vins d’occasions différentes. 

L’image de la Bourgogne mystérieuse, impénétrable, couteuse, vous la battez en brèche ?


C’est une région qu’il faut apprendre à connaitre. Elle n’est pas forcément simple. Mais c’est pour cela qu’on l’aime aussi.  C’est une région où de vrais artisans travaillent, avec beaucoup de respect pour leur terroir. Ces 15 portraits sont tous ceux d’artisans, qui font des vins de qualité avec simplicité.


Pensez-vous qu’il existe une telle diversité dans d’autres régions ?


Oui, je pense qu’on pourrait faire des choses très intéressantes dans d’autres régions. Nous avons choisi la Bourgogne parce que toutes les problématiques sur le vin se concentrent ici. Dans la Loire par exemple on ne trouvera pas la même pression sur le foncier par exemple. Un jeune vigneron peut s’installer. Quand on comprend la Bourgogne, on comprend beaucoup d’autres choses.


> Entre les Vignes
Conversations libres avec des vigneronnes et vignerons de Bourgogne
Editions Reverse, 29 €

Ave la contribution de Frédéric Henry
Photographies de Harry Annoni
Préface de Cédric Klapisch

 

Avec les vigneronnnes et vignerons :

Oronce de Beler
Athénaïs de Béru
Jean-Yves Bizot
Pierre Boillot
Renaud Boyer
Dominique Derain
Pierre Fenals
Emmanuel Giboulot
Thierry Glantenay
Julien Guillot

Antoine Jobard
Marie-Christine et Marie-Andrée Mugneret
Claire Naudin
François de Nicolay
Cécile Tremblay


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Vincent Girardin : métamorphose réussie

La maison Vincent Girardin s’est fait connaitre il y a 20 ans par ses vins faciles et flatteurs. Elle s’inscrit dorénavant, et depuis une bonne décennie, dans le grand classicisme bourguignon : terroirs et vins de garde.

La maison Vincent Girardin propose une belle gamme de blancs et de rouges de la Côte de Beaune notamment. LG.
La maison Vincent Girardin propose une belle gamme de blancs et de rouges de la Côte de Beaune notamment. LG.

« Il y a une dizaine d’années, nous n’aurions jamais fait déguster des vins de 4 ou 5 ans », souligne Eric Germain, œnologue de la maison Vincent Girardin. Comprenez qu’à l’époque, la jeune maison avait d’autres priorités que de produire des vins de garde, ou de faire allégeance au terroir. Elle s’inscrivait dans un style « moderne » avec ses vins expressifs et flatteurs jeunes mais ne gagnant rien à être attendus… « Nous ne faisons pas des vins d’antiquaires », martelait alors le fondateur, Vincent Girardin, peu adepte de la langue de bois. En quête d’une reconnaissance rapide et maitrisant parfaitement cette approche, Vincent Girardin s’est de fait forgé une belle réputation, devenant une référence parmi les maisons émergentes en Bourgogne.
Les temps ont changé, Vincent Girardin a vendu sa société en 2012 (basée à Meursault depuis 2002). Auparavant il a pris soin d’initier une nouvelle approche visant à assoir le statut de la maison parmi les amateurs de vins de terroirs, de garde… Aiguillonné par son fidèle vinificateur, Eric Germain, la maison s’inscrit depuis une grosse décennie dans la grande tradition bourguignonne. « Nous avons véritablement pris notre rythme de croisière en 2007 », se souvient Eric Germain. Mise en avant du parcellaire, peu d’intervention en cave et élevages longs (16 à 18 mois). Un nouveau challenge, sans doute pas le plus simple.

Eric Germain, oenologue de la maison Girardin. LG.
Eric Germain, oenologue de la maison Girardin. LG.

Mais Eric Germain, issu d’une famille vigneronne de Meursault, s’est rapidement senti comme un poisson dans l’eau avec ce nouvel objectif, confessant au passage un attachement viscéral au terroir. Car en plus d’être un œnologue avisé, l’homme est aussi un fin connaisseur du vignoble, celui de la Côte de Beaune en particulier.
Outre le domaine de 12 hectares dont elle dispose (15% de la production), la maison procède à des achats, en très grande majorité effectués sous forme de raisins, vinifiés dans ses locaux taillés sur mesure.


All About Burgundy a mesuré le chemin parcouru après dégustation d’une quinzaine de cuvées issues de 3 millésimes différents. 

 

 

 

Blancs



Meursault Narvaux 2014 – 15 sur 20
C’est selon Eric Germain l’un de ces terroirs de l’appellation meursault qui mériterait d’accéder au rang de premier cru. Dans sa partie basse, près des Genévrières, il donne des vins très racés. Cette cuvée d’une remarquable finesse   en apporte la confirmation. Le nez est citronné et minéral à la fois. Une tonicité présente également en bouche. La texture est tranchante, d’une consistance moyenne, mais d’une bonne longueur. Le temps devrait lui apporter un surcroît d’ampleur.

41 €

Meursault premier cru Charmes 2014 – 16,5 sur 20
Pas moins de 4 parcelles, situées dans les Charmes dessus, ont présidé à l’élaboration de cette cuvée. Des vieilles vignes pour la plupart (plus de 40 ans). Après un nez relativement retenu, sur les fruits jaunes, il dégage une harmonie et une plénitude qui en font une bouteille très prometteuse. « Pour moi le millésime 2014 est une grande année. Il présente un équilibre plus intéressant que les 2015 », souligne Eric Germain. C’est dit.
64 €


Meursault premier cru Perrières 2013 – 15,5 sur 20
En 2013, la maison est allée récolter assez promptement les raisins pour préserver la fraicheur des fruits. Le millésime n’était pas simple et c’est vrai qu’il souffre régulièrement de la comparaison avec ses proches voisins 2012 et 2014. Le nez, plutôt expressif, présente ici des petites touches de réduction (pétard), de fruits confits voire de pâtisserie. Une texture séveuse, comme on rencontre souvent dans les vins de ce magnifique climat, lui assure une belle colonne vertébrale.  
72 €


Chassagne-Montrachet premier cru La Romanée 2013 – 17 sur 20
La maison tient là un excellent approvisionnement. Des vignes âgées, un terroir de grande qualité et un vigneron qui sait mettre l’ensemble dans les meilleures conditions.  « C’est une cuvée de référence chez nous », confirme Eric Germain. Le vin parle de lui-même. D’une remarquable pureté aromatique, sur les agrumes, les fleurs blanches, la minéralité, il propose une texture d’une grande intensité, savoureuse de l’attaque à la finale. Une belle réussite dans le millésime.
64 €


Chassagne-Montrachet premier cru Cailleret 2012 – 18,5 sur 20
Une cuvée issue de deux parcelles dans un climat qui trône au milieu de l’appellation. La plupart des vignes ont entre 60 et 80 ans. Le nez évoque tout simplement le raisin bien mûr laissant au passage le sentiment qu’il en garde sous le pied. Sa texture fait preuve d’une très grande densité, d’une ampleur peu commune à ce niveau d’appellation. Un vin à gros potentiel, à attendre 3 ou 4 ans minimum.

62 €


Puligny-Montrachet premier cru Le Referts 2012 – 16 sur 20
En limite nord de l’appellation Puligny-Montrachet, ce climat est voisin des meursault-charmes. La comparaison s’arrête là : autant les charmes sont réputés pour leur souplesse (surtout la partie basse) autant c’est ici la vigueur qui s’impose. Le nez est assez monolithique sur des notes mentholées. La bouche est ciselée, tranchante et surtout d’une belle longueur. A garder patiemment. 

64 €


Puligny-Montrachet premier cru Combettes 2012 – 17 sur 20
Toujours au nord de l’appellation Puligny-Montrachet, juste au-dessus des Referts, les Combettes fait un joli mixte entre l’ampleur rencontrée dans beaucoup de meursault et la vivacité généralement présente dans les puligny. La cuvée est issue de 3 parcelles dont la maison achète les raisins. L’aromatique évoque les agrumes, le zeste d’orange. Là aussi la concentration du millésime 2012 est remarquablement mise en valeur. Il campe solidement sur ces positions en bouche mais laisse percevoir un caractère minéral en finale.

76.40 €   

Bienvenue-Bâtard-Montrachet 2012 – 19 sur 20
Un terroir confié à Vincent Girardin en 2002 par Bernard Clerc, parti à la retraite. Les vignes sont âgées d’une cinquantaine d’années. Cette cuvée offre un registre aromatique dans l’opulence et la maturité, comme aucune cuvée n’en avait pour l’heure fait preuve. Mais aucune lourdeur ici. Les notes de fruits jaunes juteux restent fines. Une matière d’une ampleur et d’une intensité hors du commun se déploie en bouche. La magie des grands vins est à l’œuvre : la puissance n’entrave pas la finesse ni la longueur. On s’imagine sans trop d’effort en compagnie d’un homard, d’un bar… 

218 € 

Bâtard-Montrachet 2012 – 17 sur 20
Avec des notes de chèvrefeuille et petite pointe mentholée, ce bâtard a décidé de prendre les a priori à contre-pied (ce grand cru est réputé pour son opulence). Le naturel revient tout de même au galop en bouche : la matière est là, solide, onctueuse. La finale finit sur une dominante de fraîcheur qui assure à l’ensemble de la longueur.
290 €

 

Rouges

   

Santenay premier cru Gravières 2013 – 15,5 sur 20
Nous sommes ici dans le village d’origine de Vincent Girardin, sur l’un de ces climats fétiches. Le nez s’ouvre spontanément sur des notes de fruits noirs (mûre), de sureau. Des tannins souples, gourmands, viennent flatter le palais. Un vin de plaisir immédiat, à déguster aujourd’hui et pendant 2 ou 3 ans. 

28 €

Savigny-lès-Beaune premier cru Les Marconnets 2013 – 14,5 sur 20
Ce terroir argilo-sableux de la partie sud de l’appellation Savigny-lès-Beaune, est simplement séparé du vignoble de Beaune (ou l’on retrouve un climat homonyme) par l’autoroute A6. Le nez associe les arômes de framboise et de pierre à fusil. L’attaque en bouche affiche une belle ampleur, les tannins font preuve d’un peu de rugosité amenant une pointe de rusticité en finale.
28 €


Volnay premier cru Santenots 2013 – 15,5 sur 20
C’est l’une des cuvées phare de la maison en rouge avec pas moins de 2 hectares de vignes dont la moitié exploitée directement par la maison. Les parcelles comptent  de très vieilles vignes donnant des pinots noirs fins et qualitatifs. Le nez se déploie sur un registre floral (rose) et épicé, typique des vinifications en vendanges entières. C’est effectivement le cas. Depuis quelques millésimes, Eric Germain met en cuve une proportion de raisins non égrappés (30% ici). En bouche les tannins sont soyeux, caressants. L’ensemble dégage beaucoup d’harmonie et de fond. Comme souvent dans les Santenots…
48 €


Pommard premier cru Les Epenots 2012 – 17,5 sur 20
Un pommard de grande classe, profond et complexe. Le nez développe des arômes de fruits noirs à grande maturité : ils évoquent la cerise burlat, la mûre. Une touche poivrée ajoute de la complexité.  Une matière à la trame fine et consistante s’exprime au palais. La finale est longue traduisant une grande persistance aromatique.

53.60 €


Volnay premier cru Les Pitures 2012 – 15,5
De très vieilles vignes, cultivées en bio, issu d’un terroir voisin de Pommard sur des marnes rouges et blanches. Un triptyque prometteur… Le nez, sur la retenue, propose des notes épicées et animales. La bouche, avec sa matière d’une très grande densité, dessine les contours d’un vin à la concentration comme on en rencontre rarement. Pas d’analogie possible ici avec le caractère élégamment féminin souvent attribué aux vins de volnay. C’est la richesse des tannins, d’une belle  finesse par ailleurs, qui emporte toute autre considération sur son passage. Un vin, issu d’une vinification à 100% en vendanges entières, taillé pour la longue voire la très longue garde.  
43.40 €


Corton grand cru Perrières 2012 – 16,5 sur 20
La colline de Corton offre un large patchwork de terroirs et de donc de nuances.  Situé au-dessus et à proximité du village d’Aloxe-Corto, exposé sud-est, le climat Les Perrières s’exprime le plus souvent dans un registre élégant. C’est le cas de cette cuvée qui ne s’impose pas par sa carrure mais par son style et sa longueur. Un élevage bien dosé met judicieusement cette belle texture en valeur. Sur le plan aromatique, il évoque la violette, le réglisse, les épices.

62 €

 

Les prix sont des prix TTC (particuliers) , départ cave.

 

> www.vincentgirardin.com

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Un documentaire ausculte le docteur Conti

Un film revient sur le parcours de Rudy Kurniawan fascinant faussaire de grands vins, rattrapé par le FBI, lourdement condamné en 2014. C’est à voir sur ARTE mardi 13 septembre.

Extrait du documentaire sur l'affaire Kurniawan. © Faites un Voeu
Extrait du documentaire sur l'affaire Kurniawan. © Faites un Voeu

De l’univers du luxe à celui de la contrefaçon, il n’y a qu’un pas. Rudy Kurniawan l’a allégrement franchi. Il croupi maintenant dans une prison des Etats-Unis après avoir été condamné à 10 ans de réclusion, reconnu coupable d’avoir contrefait pour plus de 30 millions de dollars de grands vins, dont évidemment la fameuse romanée-conti.
Un documentaire dissèque le parcours d’une des plus spectaculaires mystifications. Les réalisateurs ont recueilli les témoignages des principaux  acteurs l’affaire. Et certains ne cachent pas la fascination que ce jeune indonésien exerce encore sur eux. Une affaire Romand (l’homme qui s’est fait passer pour un médecin de l'OMS auprès de tout son entourage pendant des années avant d'assassiner sa famille en 1993) version grands crus. L’histoire d’un trentenaire flamboyant, capable de mettre en vente jusqu’à 36 millions de dollars de vins en une année, de se payer les flacons les plus chers sur les cartes des restaurants et d’étaler sa connaissance des grands vins auprès d’un public conquis. Les bouteilles du très prisé domaine de la Romanée-Conti ont évidemment fait partie de ses cibles favorites. D'où son surnom dans le "milieu" : docteur Conti. Sa réputation dans le petit monde des collectionneurs fortunés était au firmament quand la supercherie est apparue.
Le destin de Rudy Kurniawan a commencé à sentir le bouchon en 2008 (lire aussi ici). Lors d'une vente à New York 84 bouteilles, des contrefaçons, sont identifiées. Des Clos-Saint-Denis (grand crus de Morey-Saint-Denis) des millésimes 1945, 1949, 1959 et 1966 du domaine Ponsot. Problème, le domaine Ponsot a commencé à produire des Clos-Saint-Denis en 1982 seulement… Ces bouteilles auraient certainement trouvé acquéreurs si Laurent Ponsot, à la tête du domaine, n'avait donné l'alerte.
Ce dernier a alors mené un long combat, collaboré avec le FBI jusqu’à la chute du faussaire. L’histoire a fait les gros titres des journaux. Deux réalisateurs Jerry Rothwell et Reuben Atlas se sont à leur tour emparé du sujet. « Raisins amers »  est diffusé ce mardi 13 septembre à 20h55 sur ARTE. Également visible sur le site pendant 7 jours.

 

> Vidéo de présentation ici

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Et maintenant la sécheresse ?

Au printemps, les sols des vignobles étaient gorgés d’eau, rendant la culture des vignes très délicate. A quelques jours des vendanges, c’est pourtant bien la sécheresse qui menace…

Vignes de la Côte de Beaune sous le soleil d'août 2016. LG.
Vignes de la Côte de Beaune sous le soleil d'août 2016. LG.

Qui l’eut cru il y a quelques semaines seulement ? Des vignes avec le feuillage en berne, jaunissant parfois. Des signes de manque d’eau ! Si la plante préférée des amateurs de bonnes bouteilles n’apprécie pas spécialement les excès d’eau un stress hydrique peut entrainer un blocage de maturation de raisins…  « Il a plu 500 millimètres entre janvier et fin avril aujourd’hui on serait très heureux d’avoir 25 mm d’eau », souligne Grégory Patriat, le vinificateur de la maison Jean-Claude Boisset (Nuits-Saint-Georges). Bref, à une vingtaine de jours du début des vendanges, ce millésime 2016 joue définitivement avec les nerfs des vignerons. Il est encore trop tôt pour parler véritablement de sécheresse généralisée, mais au train où vont les choses  elle sera peut-être rapidement d’actualité : l’anticyclone des Açores semble solidement installé et la météo ne prévoit pas de chute de pluie sérieuse ces deux prochaines semaines. Le manque d’eau impacte pour l’instant des zones localisées du vignoble : les parcelles caillouteuses ou en haut de coteaux. « On voit des vignes souffrir dans les bas de Gevrey-Chambertin par exemple ou sur des secteurs où les pieds sont chargées (ndlr : les vignes épargnées par le gel et le mildiou comptant un nombre important de raisins) », expose pour sa part Carel Voorhuis, le régisseur du domaine d’Ardhuy (Corgoloin). « On est des paysans il faut toujours que l’on se plaigne », finit-il par plaisanter…
Ce beau temps persistant n’a évidemment pas que de mauvaises conséquences. Dans le Mâconnais, plus arrosé que le nord de la Bourgogne au mois d’août, les dates de vendanges pourraient bien se rapprocher plus vite que prévu. C’est en tout cas ce que confie Jean-Philippe Bret (Domaine de la Soufrandière-Bret Brothers) : « La semaine dernière j’ai demandé aux vendangeurs de se tenir prêts pour le 17. Je crois que l’on va avancer la date de 2 ou 3 jours ». Le vigneron de Vinzelles se fie ainsi à son expérience de 2015 : les cuvées récoltées les plus précocement sont finalement celles qui présentent aujourd’hui les meilleurs équilibres. « Notre objectif est de préserver la fraicheur pas de faire des vins californiens ».
Vu l’hétérogénéité de l’évolution des raisins, conséquence du gel et de la grêle du printemps, la pression du mildiou inédite, ce scénario du beau temps sec et chaud reste une aubaine… 

 

Mise à jour du 6 septembre : Il semble que le ciel ait entendu les vignerons bourguignons. Une petite pluie, imprévue par les météorologues, est tombée le 5 septembre faisant du bien aux vignes.          

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